«On savait qu'ils avaient fait entrer des armes dans la Mosquée rouge»

REPORTAGE Aux alentours de la Mosquée rouge, à Islamabad au Pakistan, les militaires attendent de donner l'assaut...

De notre correspondant à Islamabad (Pakistan), Eric de Lavarène

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Le président pakistanais Pervez Musharraf fait l'objet de pressions accrues pour mettre un terme à ce conflit. Jusqu'à présent, il n'a pas voulu ordonner l'assaut contre la mosquée pour éviter un bain de sang. Il cherche surtout à obtenir la libération des otages, des femmes et des enfants, mais aussi des centaines d'étudiants utilisés comme "boucliers humains" par des militants proches d'Al-Qaïda, selon les autorités.
Le président pakistanais Pervez Musharraf fait l'objet de pressions accrues pour mettre un terme à ce conflit. Jusqu'à présent, il n'a pas voulu ordonner l'assaut contre la mosquée pour éviter un bain de sang. Il cherche surtout à obtenir la libération des otages, des femmes et des enfants, mais aussi des centaines d'étudiants utilisés comme "boucliers humains" par des militants proches d'Al-Qaïda, selon les autorités. — Asif Hassan AFP

«Je suis là depuis une semaine. Dans ce petit marché. On tient les ruelles qui donnent sur le square face à la Mosquée rouge. Je ne sais pas comment ça va se terminer. On est fatigué», explique Ahmed, un jeune soldat de l’armée pakistanaise. Normalement basé à Rawalpindi, la ville jumelle d’Islamabad, Ahmed est arrivé mardi dernier avec son bataillon pour prendre position autour du complexe religieux de la Mosquée rouge, aux mains de rebelles islamistes. «On s’y attendait, avec tout ce qui s’est passé depuis le début de l’année. On devrait interdire les écoles coraniques», dit-il encore, avant de vérifier son fusil. Muni de son gilet pare balles, il lance un regard en direction de Lal Masjid, la Mosquée rouge, l’une des plus anciennes de la capitale. «Il ne faut pas se montrer, ils nous guettent depuis le toit de la mosquée», indique le militaire.

Dans la nuit de samedi à dimanche, un officier d’élite a été tué, alors qu’il dirigeait une mission pour détruire le mur d’enceinte de la mosquée. «Les jeunes combattants surveillent les alentours jour et nuit. Nous devons faire très attention», avance Ahmed. Autour de lui, tout est calme, pas un bruit dans ces rues vides autour du complexe religieux. Quelques blindés légers filent à vive allure et les militaires, protégés derrière des sacs de sable, scrutent le quartier. Un quartier sous couvre-feu. Depuis une semaine, Islamabad la capitale est coupée en deux: d’un côté une ville comme les autres, de l’autre, une zone de guerre interdite aux non résidents.

«Des armes dans la mosquée»

Plusieurs centaines d’étudiants en religion sont retranchés dans Lal Masjid. Solidement armés, ils réclament l’application de la charia à tout le pays. Ils seraient, selon les autorités pakistanaises, épaulés par des éléments des réseaux Al-Qaida et par des islamistes pakistanais recherchés par la justice. «On savait qu’ils avaient fait entrer des armes dans la mosquée. On savait qu’il y avait parmi eux des extrémistes purs et durs. On savait qu’il se passerait quelque chose de grave. Mais on attendait une réaction plus rapide des autorités. Au moins pour éviter ces combats au cœur même de la capitale», explique un expert français en poste au Pakistan.

Après une semaine d’affrontements, une vingtaine de personnes auraient été tuées, dont un journaliste pakistanais. Les religieux de Lal Masjid affirment que 300 personnes seraient mortes. Impossible à vérifier. La presse n’est plus autorisée à s’approcher de la zone des combats. Dimanche soir, l’armée a proposé d’ouvrir un corridor pour évacuer les blessés, ce que les islamistes ont refusé. L’eau, le gaz et l’électricité ont été coupés et les jeunes combattants seront bientôt à cour de nourriture et de munition.

Ultime assaut

Mais certains porteraient des ceintures d’explosifs et seraient prêts à mourir. «Des membres des réseaux Al-Qaida et des islamistes pakistanais se trouvent à l’intérieur de la mosquée. Ce sont eux maintenant qui mènent la danse et ils n’ont rien à perdre », confie un militaire sous couvert d’anonymat. Le président pakistanais, Pervez Musharraf, a finalement donné son accord pour un ultime assaut, mais une délégation de la dernière chance a proposé aux combattants de se rendre. Le mollah Ghazi, responsable de la mosquée rouge, a affirmé être prêt à aller jusqu’au bout. Pour lui, mourir en martyr ferait avancer la cause des islamistes au Pakistan. Une cause qui pourrait bien se terminer en carnage: plusieurs centaines de femmes et d’enfants seraient retenus dans Lal Masjid pour servir de bouclier humain.