Médiation de la dernière chance à la Mosquée rouge

Sa. C. avec AFP

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Comment évacuer la Mosquée rouge en évitant le bain de sang ? Le président pakistanais Pervez Moucharraf se trouve face à la situation la plus délicate pour lui : devant le refus des islamistes retranchés dans la Mosquée rouge depuis plusieurs jours de se rendre, le gouvernement pourrait recourir à la force militaire pour les déloger. Une option qui pourrait coûter cher au président, qui tente, depuis lundi matin, une médiation de la dernière chance.

Médiation de la dernière chance

Pervez Moucharraf a autorisé l'ancien Premier ministre, Chaudhry Shujaat Hussain, «à d'ultimes efforts afin de convaincre les militants retenant des femmes et des enfants de les relâcher», a indiqué à l'AFP un responsable. Un assaut pourrait en effet mettre en danger les vies des femmes et enfants retenus en otages.

Vingt-quatre personnes sont déjà mortes en sept jours de heurts, selon un bilan officiel, et les craintes de bain de sang se multiplient tandis que les échanges de coup de feu et tirs de gaz lacrymogène ont repris autour de la mosquée.

«Nous faisons notre maximum pour obtenir un compromis en vue de dénouer la crise d'une manière pacifique», selon Hanif Jalandri, responsable du Wafaq-ul-Madaris, principale organisation religieuse qui gère les écoles islamiques au Pakistan. «Des propositions ont été faites et nous espérons que nous y arriverons», a-t-il ajouté.

Les milieux islamistes sollicités

Le Conseil des oulémas pakistanais, un organisme indépendant qui avait le mois dernier décerné un trophée à Oussama ben Laden, a indiqué que le gouvernement lui avait demandé son aide.
Des sources dans les milieux islamistes ont ajouté que des efforts étaient également déployés afin de tenter d'impliquer d'anciens responsables d'organisations déclarées hors-la-loi afin qu'ils fassent pression sur Ghazi.

Un responsable des services de sécurité a cependant assuré qu'il n'était pas question de satisfaire les exigences de Ghazi, qui demande de pouvoir sortir libre de la mosquée. «On ne peut pas faire ça. Où irait-il? L'Inde, l'Afghanistan, les pays voisins?», a-t-il déclaré.

«Le moment est venu de prendre des décisions difficiles», a-t-il averti, en référence aux réunions qui se sont succédé dans le bureau du président Moucharraf, avec les forces de sécurité, le gouvernement, les principaux conseillers...

«Des terroristes recherchés au Pakistan et à l'étranger» ont le contrôle de la mosquée, a affirmé dimanche le ministre des Affaires religieuses, Hijaz-ul Haq, pointant du doigt en particulier «un ou deux» militants venus d'Ouzbékistan. Quinze islamistes seraient équipés de ceintures d'explosifs.

Moucharraf sous pression

Depuis le début du conflit, Moucharraf fait l'objet de pressions de toutes parts. Allié de George Bush dans la lutte contre le terrorisme, la communauté internationale attend de sa part plus de fermeté face aux islamistes.

Dans son pays, il est au contraire très contesté depuis son arrivée au pouvoir en 1999: dimanche, la Conférence de tous les partis (APC, opposition pakistanaise en exil) a exigé depuis Londres sa démission. Lundi, une vingtaine de milliers de personnes ont manifesté dans la zone tribale pakistanaise, scandant «nous sommes prêts au jihad».