Grèce: Quels sont les grands défis du nouveau gouvernement Tsipras?

POLITIQUE Réélu sans trop de difficulté, Alexis Tsipras doit maintenant gérer plusieurs dossiers délicats et urgents…

L.C.

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Alexis Tsipras a appelé les électeurs à voter pour Syriza, lors d'un meeting à Athènes, le 18 septembre 2015, afin de lui donner une chance de résoudre la crise de la dette grecque.
Alexis Tsipras a appelé les électeurs à voter pour Syriza, lors d'un meeting à Athènes, le 18 septembre 2015, afin de lui donner une chance de résoudre la crise de la dette grecque. — Photo by Intime/Athena Pictures/REX Shutterstock (5109760i)

Les électeurs grecs ont donné une deuxième chance à Alexis Tsipras lors des élections législatives anticipées dimanche. De retour au poste de Premier ministre de la Grèce ce lundi, il va former un gouvernement Tsipras II qui devrait être nommé mardi ou mercredi. La mission, délicate, de ce nouvel exécutif sera d’appliquer les mesures d’austérité et les réformes conditionnant le troisième plan d’aide de 86 milliards d’euros sur trois ans concédé par l’Union européenne (UE) au pays.

Négocier un allégement de la dette grecque

C’est « la première et la plus importante des batailles » pour Alexis Tsipras, confie un membre de Syriza au quotidien Ekathimerini. Cette même source affirme que pour peser davantage dans les négociations avec l’Europe, le Premier ministre va chercher un consensus avec d’autres partis, et pas seulement les Grecs indépendants (ANEL, un parti de droite souverainiste).

Athènes plaide pour une réduction du montant nominal de sa dette, qui pesait en avril dernier plus de 300 milliards d’euros (dont 197 dus aux partenaires de la zone euro), soit près de 170 % du PIB grec. Mais l’Allemagne campe sur sa position, refusant catégoriquement une annulation de la dette. Le départ des frondeurs de Syriza, qui prônaient le non-paiement de la dette ou le retour à la drachme, va-t-il faciliter le dialogue entre Athènes et les dirigeants européens ?

Un conseil national pour la politique européenne composé de membres de plusieurs partis devrait être mis en place. Il sera chargé de conseiller le ministre des Finances, un poste auquel Euclide Tsakalotos - successeur de Yanis Varoufakis qui a démissionné au lendemain du référendum sur l’accord avec les créanciers de la Grèce - devrait être maintenu, selon le journal Ethnos.

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Appliquer les réformes et mesures budgétaires du troisième mémorandum

A peine Alexis Tsipras a-t-il été réélu que Jeroen Dijsselbloem, président de l’Eurogroupe, l’a félicité en insistant sur l’urgence de mettre en œuvre les réformes exigées par Bruxelles. Le temps presse, car les créanciers évalueront en octobre l'avancée de ces chantiers.

 

Et le programme n’est pas des moindres. Lors de la signature de l’accord pour un troisième plan d’aide, en juillet dernier, Athènes s’est notamment engagée à rectifier son budget 2015 en augmentant les impôts (notamment pour revenus annuels inférieurs à 12 000 euros et les agriculteurs) et en menant une série de réformes. Pour les retraites, certains dispositifs de départs anticipés seront supprimés. Le taux de TVA réduit pour l'hôtellerie et certaines îles doit aussi disparaître. Des mesures difficiles à imposer à une société lassée par des années d’austérité, alors que 40 % des électeurs ont boudé les urnes dimanche.

Agir face à la crise des migrants

C’est en partie grâce à cette actualité qu’Aube dorée a conforté sa place de troisième parti à la Vouli (derrière Syriza et Nouvelle démocratie), à l’issue d’une campagne qui a dénoncé l’inaction d’Alexis Tsipras face à l’afflux de migrants sur les îles grecques. Alors que les camps improvisés de réfugiés s’installent dans la capitale grecque, le gouvernement intérimaire a annoncé jeudi la création de deux nouveaux centres d’accueil à Lavrio, au sud d’Athènes, et à Sindos, près de Thessalonique. Ils pourront accueillir un total de 1 200 personnes.

Environ 124 000 migrants sont arrivés en Grèce par la mer en 2015, selon les chiffres publiés fin juillet par l’UNHCR. C’est 750 % de plus qu’en 2014. La crise de l’asile a un coût particulièrement élevé pour l’économie exsangue du pays.