L'ex-inconnue de l'ONU

©2007 20 minutes

— 

« Quand on parle de l'ONU, les gens ne pensent qu'aux casques bleus. Mais il n'y a pas que les Schtroumpfs et les fonctionnaires du siège à New York ! » Les Nations unies, ce sont aussi des milliers de civils comme Patricia Tomé, qui regrette qu'on ne parle pas plus de ces « inconnus de l'ONU ». Cette Française de 47 ans a travaillé pour l'organisation pendant douze ans, en première ligne. Afrique du Sud, ex-Yougoslavie, Rwanda, Haïti, Irak, Sahara occidental, Timor-oriental, Afghanistan, République démocratique du Congo, elle aura presque tout vu depuis sa première mission, en 1994 au Cambodge. L'ONU devait y superviser les élections, avec la paix en ligne de mire. Patricia Tomé, alors journaliste, décide de suivre le processus de plus près, plaque son métier, et passe avec plaisir « du statut de spectateur à celui d'acteur engagé ». Venue travailler à l'ONU « par curiosité, pas par idéalisme », elle en retire une expérience « gratifiante, puisque les élections étaient réussies ».

A partir de là, les missions s'enchaînent. Elle occupe plusieurs postes, de chef radio à porte-parole de l'ONU, puis directeur de l'information en République démocratique du Congo, à la tête de 300 journalistes. « Ce qui était un nouveau job est devenu un nouveau mode de vie », explique-t-elle. Dans sa nouvelle vie, elle travaille sept jours sur sept, quinze heures par jour, fume trois paquets de cigarettes et gagne jusqu'à 10 000 dollars par mois. Pas le temps d'avoir un mari ou des enfants. « Mais je ne suis pas mère Thérésa », sourit-elle. Entre les contrats, elle prend le temps d'aller pêcher en Méditerranée, visiter des musées et « voir des choses belles que l'homme a faites, après toutes ces horreurs ». Pas de chance, elle choisit New York pour ses vacances, début septembre 2001. Les attentats vont la renvoyer sur le terrain, cette fois en Afghanistan.

En 2005, l'hyperactive finit par fatiguer. Revenue en France, elle achève son livre, Les Inc.ONU (éd. Société des écrivains), et se consacre à ses amis et sa famille. « Il faut savoir s'arrêter, rien ne nous appartient, philosophe-t-elle. Je ne sais pas si je repartirai. C'est ouvert. »

Fondées en 1945 à San Francisco, elles comptent aujourd'hui 192 Etats membres. Le personnel de maintien de la paix des Nations unies (soldats et officiers militaires, policiers et personnel civil) surveille et observe le processus de paix dans des situations d'après conflit, et aide les belligérants à le mettre en oeuvre. Quinze opérations de maintien de la paix sont en cours dans le monde. Fin avril, le nombre de personnes civiles travaillant pour l'ONU était de près de 13 000, contre 70 844 soldats, 9 500 policiers et 2 529 observateurs militaires.