Le Hamas récupère la libération du reporter

©2007 20 minutes

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L'occasion était trop belle. Tout juste libéré hier matin, le journaliste britannique Alan Johnston s'est vu drapé d'un drapeau palestinien par l'ex-Premier ministre Ismaïl Haniyeh, tout sourire. Pour le dirigeant du Hamas, qui a pris le contrôle de la bande de Gaza il y a trois semaines, la libération du reporter de la BBC est une victoire à faire valoir devant la communauté internationale. « Cette libération est une preuve forte de la sécurité et de la stabilité à Gaza », a ainsi affirmé Haniyeh.

Détenu 114 jours, une longueur inégalée pour un journaliste étranger à Gaza, Johnston n'aurait jamais été relâché sans les pressions du Hamas sur l'Armée de l'Islam, l'organisation extrémiste qui l'a enlevé le 12 mars. Pâle et amaigri, mais visiblement soulagé d'être libéré, Johnston a d'ailleurs tenu à rendre hommage au Hamas, sans qui « je serais encore dans cette pièce pour longtemps, très longtemps ». Il a détaillé des conditions de détention éprouvantes, aux mains « de gens très dangereux et imprévisibles. Je ne savais jamais comment ça se terminerait, j'ai pensé que j'avais 50 % de chances de m'en tirer. »

Pour le Hamas, isolé diplomatiquement dans une bande de Gaza coupée du monde, la libération de Johnston constitue une nouvelle tentative pour se hisser au rang d'interlocuteur fiable. « Nous espérons que la captivité de Shalit prendra fin avec un bon accord qui permettra la libération de nos détenus » en Israël, a d'ailleurs déclaré Haniyeh hier. Gilad Shalit, le caporal de l'armée israélienne, a été enlevé le 25 juin 2006 près de Gaza par un commando comprenant notamment des membres du Hamas et de l'Armée de l'Islam. Mais pour Israël, pas question de négociations avec le Hamas, décrit hier par la ministre des Affaires étrangères, Tzipi Livni, comme « une organisation terroriste qui ne porte pas les aspirations légitimes des Palestiniens ». « Nous prévoyons que Shalit sera prochainement libéré, a-t-elle néanmoins affirmé au cours d'une conférence de presse à Paris, au ministère des Affaires étrangères. Des pourparlers sont en cours. »

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Le reportage de notre correspondante

sécurité Reporters sans frontières a rappelé hier que 15 journalistes ont été kidnappés depuis 2005 dans les Territoires palestiniens. Après le départ de Johnston de la bande de Gaza, « il ne restera plus aucun journaliste étranger » sur place, a indiqué RSF.