Alan Johnston : « Je ne savais jamais comment cela se terminerait»

A Jérusalem Est, Eléonore de Narbonne

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Le journaliste britannique de la BBC, Alan Johnston, qui avait été enlevé le 12 mars à Gaza, a été libéré dans la nuit de mardi à mercredi après avoir passé près de quatre mois en captivité.
Le journaliste britannique de la BBC, Alan Johnston, qui avait été enlevé le 12 mars à Gaza, a été libéré dans la nuit de mardi à mercredi après avoir passé près de quatre mois en captivité. — Mohammed Abed AFP

Amaigri mais souriant, Alan Johnston a raconté mercredi après-midi avec un soulagement visible les 114 jours de sa captivité devant la presse, rassemblée au Consulat britannique de Jérusalem, où il a été conduit après avoir été libéré de sa geôle palestinienne, la nuit précédente. Le journaliste écossais, correspondant de la BBC dans la bande de Gaza depuis avril 2004, avait été enlevé par des hommes armés alors qu’il rentrait en voiture à son domicile, le 12 mars.

«Cauchemar éveillé»

Pendant une quarantaine de minutes, marchant d’un pas incertain, Johnston, 45 ans, est apparu les cheveux rasés, retrouvant l’allure que les téléspectateurs lui connaissaient avant son rapt. Aux côtés de son patron Simon Wilson, chef du bureau de la BBC Moyen-Orient, il a calmement détaillé les conditions de seize semaines de «cauchemar éveillé».

«Dangereux et imprévisibles»

Johnston, qui a pu s’informer au bout de deux semaines grâce à un poste de radio, raconte qu’il a été détenu dans «trois ou quatre lieux différents» et qu’il n’a pas vu la lumière du jour pendant trois mois. Il confie sa peur: «J’étais entre les mains de gens très dangereux et imprévisibles. Je ne savais jamais comment ça se terminerait, j’ai pensé que j’avais cinquante pour cent de chances de m’en tirer (…) Ils parlaient de me tuer et de me torturer, et je ne savais pas si je devais les croire ou non.»

«Petit groupe djihadiste»

Le reporter a confié ne pas avoir été violenté jusqu’aux derniers instants de sa captivité et a qualifié ses ravisseurs, un groupe extrémiste se présentant comme «l’Armée de l’Islam», de «petit groupe djihadiste» qui avait «la guerre sainte pour mot d’ordre» et pour objectif principal de libérer des prisonniers retenus en Jordanie et au Royaume-Uni.

Intervention du Hamas

«Le Hamas est peut-être controversé sur la scène internationale, mais il est très attaché à la loi et à l’ordre et, sans son intervention, je serais certainement encore enfermé dans cette pièce», a confié le correspondant.
Le parti d’Ismail Haniyeh, Premier ministre palestinien limogé mais comptant bien poursuivre son action gouvernementale dans la bande de Gaza, mise sur la libération du Britannique pour améliorer son image à la face du monde. C’est chez lui, dans le camp de réfugiés de Chati, où la presse avait été convoquée, qu’Alan Johnston a confié ses premières impressions avant de regagner Jérusalem. Ismail Haniyeh lui a drapé les épaules d’un drapeau palestinien, mais Johnston l’a immédiatement retiré.

Soutien des journalistes

Enfin, le journaliste a tenu à remercier ses collègues de la BBC et tous ceux qui étaient intervenus pour obtenir de mettre fin à un enfermement qu’il a déclaré avoir vécu comme s’il avait été «enterré vivant».