VIDEO. Egypte: Comment des touristes mexicains ont-il pu être tués par erreur ?

TERRORISME Dimanche, lors d'une opération conjointe de l'armée et de la police égyptienne, un convoi de touristes mexicains aurait été ciblé lors d'une attaque aérienne...

Helene Sergent

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La région du Sinaï et le désert qui s'étend jusqu'en Libye est particulièrement dangereux. Les forces armées égyptiennes sont régulièrement prises pour cible.
La région du Sinaï et le désert qui s'étend jusqu'en Libye est particulièrement dangereux. Les forces armées égyptiennes sont régulièrement prises pour cible. — STRINGER / AFP

« Un tragique incident », voilà comment le Président mexicain Enrique Pena Nieto a qualifié la bavure qui a lieu dimanche dans le désert égyptien, à l’ouest du pays, tuant douze personnes dont au moins deux touristes mexicains.

 

Si les informations sont arrivées au compte-gouttes, la thèse d’une tragique confusion de la part de l’armée et de la police égyptienne s’est rapidement confirmée.

Que s’est-il passé ?

Les publications quasi-simultanées d’un communiqué sur Facebook sur le compte du ministère de l’Intérieur égyptien et d’une déclaration par le ministère des affaires étrangères mexicain ont permis, dans un premier temps, de mesurer l’ampleur du « dérapage ». Si le lieu des tirs n’est pas précisément donné par les autorités, le convoi de touristes mexicains se trouvait dans une zone située à 40 km de l’oasis de Bahariya, à l’ouest du pays, dans le désert libyque, prisé des touristes pour sa roche calcaire impressionnante.

Douze personnes, réparties dans quatre pick-up noir, auraient été tuées et dix personnes auraient été blessées. Les victimes seraient principalement des touristes mexicains et leurs accompagnateurs égyptiens. Dans la foulée de ces publications, l’ambassadeur mexicain en Egypte a également réagi, évoquant pour sa part un « attentat ».

 

Dans un premier temps, ni l’Egypte ni le Mexique n’ont pu fournir d’explications détaillées sur le mode opératoire qui a causé la mort des touristes. Lundi, Francisco Carrión, correspondant espagnol en Egypte pour le quotidien El Mundo est le premier à avoir interrogé un salarié du tour-opérateur en charge du voyage : « Il s’agit d’un voyage habituel entre Le Caire et l’oasis de Bahariya. Ils devaient passer la première nuit dans un hôtel à Bahariya, mais se sont arrêtés à une centaine de kilomètres avant l’oasis ».

Selon ce même employé, l’attaque, qui se serait produite pendant que les touristes étaient en train de dîner, aurait été provoquée par trois avions de combat : « Certains ont essayé de courir, mais les soldats les ont suivis et ont ouvert le feu sur quiconque tenterait de s’échapper ».

Une version qui a été confirmée ce lundi après-midi par la ministre mexicaine des Affaires étrangères, Claudia Ruiz Massieu. L’ambassadeur mexicain a recueilli les témoignages de touristes hospitalisés présents lors de l’attaque. Ils affirment avoir été la cible de bombes lancées par un avion et un hélicoptère alors qu’ils déjeunaient.

Aucune confirmation ou démenti n’a pour le moment été communiquée côté égyptien. Pour sa part, le Président mexicain a exigé dès dimanche l’ouverture d’une enquête approfondie.

La zone est-elle dangereuse ?

Depuis 2012, la région du Sinaï et le « désert de l’Ouest » (ou désert Libyque), qui s’étend jusqu’au nord-ouest du Soudan, sont le théâtre de multiples attaques perpétrées par des groupes djihadistes comme « Wilayat Sinaï » (anciennement connu sous le nom d’Ansar Bait al-Maqdis, « Partisans de Jérusalem »), aujourd’hui rallié au groupe Etat Islamique. Visant principalement les militaires, ces attaques ont pu viser à plusieurs reprises des touristes ou des entreprises implantées dans cette région.

Des tour-opérateurs recommandent par ailleurs à leurs clients de faire preuve de prudence lors d’excursions. La France, via le site diplomatie.gouv.fr, précise également qu’il « est formellement déconseillé de se rendre dans la péninsule du Sinaï ». Enfin, selon le site Al-jazeera, une attaque du groupe terroriste aurait été revendiquée plus tôt dimanche dans la journée. Les véhicules du convoi touristique, similaires aux véhicules utilisés par l’EI, alors pourchassés par l’armée et la police, pourraient avoir engendré la confusion.

Les touristes mexicains avaient-ils le droit d’être là ?

Dans le communiqué publié dimanche par l’Egypte, les autorités affirment que les touristes circulaient dans une zone réglementée nécessitant une autorisation spécifique pour les véhicules. Le ministre égyptien chargé du tourisme a affirmé que le groupe ne disposait pas de cette autorisation.

 

Une information fausse selon le correspondant du journal espagnol El Mundo qui a interrogé un salarié de la compagnie de voyage à l’origine de l’excursion : « C’est une zone dans laquelle nous réalisons régulièrement de brefs arrêts avant de rejoindre Bahareya, elle n’est pas interdite en tant que telle ». Autre information embarrassante pour le pouvoir égyptien, selon la correspondante de la BBC, le groupe de touristes était également escorté par des policiers, comme cela est recommandé par les autorités.

 

Les quelques blessés qui ont survécu aux tirs ont été transférés à l’hôpital Dar Al Fouad dans la banlieue du Caire.

Quelles peuvent être les conséquences ?

Depuis dimanche, le pouvoir mexicain insiste pour obtenir davantage d’informations concernant les conditions de cette attaque. Une note diplomatique a été envoyée à l’ambassadeur d’Egypte, a indiqué la ministre des Affaires étrangères, dans laquelle le gouvernement mexicain exprime « sa profonde consternation devant ces faits déplorables » et demande « une rapide, exhaustive et profonde investigation ».

Les deux pays, qui entretiennent des relations diplomatiques depuis 1960, ont noué au fils des ans, des partenariats commerciaux importants. En 2014, le montant des échanges entre les deux nations s’élevait à près de 95 millions de dollars. L’Egypte est le troisième partenaire le plus important du Mexique sur le continent africain. Le 6 août dernier, le secrétaire d’état aux affaires étrangères mexicain, Carlos de Icaza González, s’était rendu sur place à l’occasion de l’inauguration de la seconde branche du Canal de Suez.