Sondage: Les Français toujours aussi frileux sur l’accueil des migrants

SONDAGE Selon un sondage You Gov révélé en exclusivité par «20 Minutes», 7 Français sur 10 pensent qu’accueillir 24.000 réfugiés est suffisant…

Oihana Gabriel

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Des réfugiés de Syrie et d'Irak ont été accueillis à Cergy Pontoise le 10 septembre 2015 en banlieue parisienne.
Des réfugiés de Syrie et d'Irak ont été accueillis à Cergy Pontoise le 10 septembre 2015 en banlieue parisienne. — SIPA

Aider, certes, mais pas accueillir dans son jardin. C’est la conclusion que l’on peut tirer du sondage You Gov révélé par 20 Minutes sur la vision de l’immigration en France après les annonces du Président de la République il y a une semaine et l’immense émotion qui a suivi la diffusion de la photo du petit syrien mort en Méditerranée.

Pour 7 Français sur 10, le pays se montre assez accueillant

Pour 70 % des Français sondés, le chiffre de 24.000 réfugiés accueillis en France sur deux ans semble « suffisant »… et pour 4 Français sur 10, c’est même « très suffisant ». L’électrochoc de la photo du petit Aylan n’a donc pas renversé l’opinion française. Loin d’une vision peut-être idyllique des médias, dévoilant des initiatives généreuses et des bénévoles engagés, les Français n’ont pas l’air si favorables à l’arrivée de ces réfugiés. Avec une petite nuance selon l’âge : presque 30 % des 18-24 ans estiment que l’accueil de 24.000 réfugiés est insuffisant contre seulement 15 % des plus de 55 ans. Pour Henri Labayle, professeur à l’université de Pau spécialiste de l’immigration, « loin de convaincre, l’acharnement médiatique semble accroître la méfiance des Français ». Et cette frilosité s’explique par « l’ignorance dans laquelle sont maintenus les Français. Médias comme politiques créent un amalgame entre migrants et demandeurs d’asile. Il faut différencier l’immigration classique qu’on est en droit de vouloir réguler et les réfugiés menacés que nous avons l’obligation de protéger. Ce n’est pas le droit européen qui nous y contraint, mais notre constitution et notre tradition. »

La moitié des sondés s’opposent à ce que leur commune accueille des réfugiés

Si plusieurs maires ont montré leur volontarisme, l’opinion française se montre plus frileuse : la moitié des sondés refuse que les réfugiés vivent dans leur ville. Des réticences qui s’expliquent par des discours politiques très fermes… et parfois faux, pointe Henri Labayle. « Contrairement à ce que plaide Christian Estrosi, ces malheureux ne fuient pas pour obtenir une carte vitale. Les statistiques de 2014 montrent que la France est le seul pays européen où les demandes d’asile ont baissé de 5 %. De même, Nicolas Sarkozy propose une directive sur les réfugiés de guerre, mais elle existe depuis 2001. A gauche comme à droite, les politiques instrumentalisent l’immigration en vue des élections. Il y a trente ans, le sujet ne faisait pas débat : en 1979, Jean-Paul Sartre et Raymond Aron plaidaient ensemble la cause des boat people. La France avait alors accueilli 130.00 Vietnamiens… loin des 24.000 dont nous parlons aujourd’hui. »

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40 % des Français se disent prêts à aider les migrants

Donner de l’argent aux associations ou de son temps pour apporter nourriture ou couvertures aux réfugiés, les Français se disent pour à 40 %. Et 22 % des sondés soutiennent ces initiatives, même s’ils n’ont pas les moyens d’agir. « Ce volontarisme était moindre il y a quelques semaines qui prouve une prise de conscience, avance Lucie Schweizer, chargée d’études chez You Gov. Elle ne passe pas par la volonté d’ouvrir les frontières, mais par des actes de citoyenneté. »

3 Français sur 4 ne font pas confiance aux dirigeants européens pour régler la crise des migrants

Seulement 15 % des Français accordent leur confiance aux dirigeants européens. Des réserves qui s’inscrivent dans une longue histoire d’un désamour entre opinion publique et Europe. « Et pourtant la seule solution pour faire face à cet afflux de réfugiés sera européenne, insiste Henri Labayle. Mais à force de tirer à vue sur l’espace Schengen et de critiquer tous nos dirigeants, pas étonnant que la défiance s’installe. En réalité, ce qui surprend, c’est la manière dont les Allemands font face à cette crise. Si Angela Merkel était une sentimentale, on le saurait… L’Europe a montré qu’elle était incapable de construire un système cohérent d’accueil alors ce sont les demandeurs d’asile qui décident à notre place. »

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Les Français favorables aux frappes aériennes en Syrie… moins à l’envoi de troupes au sol

François Hollande a su convaincre. En effet, 64 % des sondés sont favorables aux frappes aériennes et la moitié s’oppose à une guerre au sol. Régler la question en amont et permettre aux Syriens de vivre dans leur pays semble séduire l’opinion publique. « Les Français sont réalistes, résume Henri Labayle. On est parti d’Afghanistan, les Etats-Unis n’ont pas été capables d’apporter la paix en Irak. La France raisonne en grande puissance mondiale, qui veut intervenir à l’extérieur mais se montre frileuse pour accueillir les réfugiés. C’est tout l’inverse de l’Allemagne. »

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Méthode

L'enquête a été réalisée sur 1010 personnes représentatives de la population nationale française ãgée de 18 ans et plus. Le sondage a été effectué en ligne, sur le panel propriétaire YouGov France, du 8 au 9 septembre 2015, selon la méthode des quotas.

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