Législatives en Grèce: Pourquoi Tsipras perd la main

POLITIQUE L’ex-Premier ministre grec a d’ores et déjà perdu son pari d’obtenir une majorité absolue au Parlement pour lui permettre d’avoir les mains libres…

Maud Pierron

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Une affiche pour Alexis Tsipras, dans Athènes, le 11 septembre 2015.
Une affiche pour Alexis Tsipras, dans Athènes, le 11 septembre 2015. — L. GOULIAMAKI

A une semaine des législatives, il semble entendu qu’Alexis Tsipras n’atteindra pas son objectif affiché lorsqu’il a convoqué des élections anticipées en août : obtenir enfin la majorité absolue au Parlement grec. Pire, la victoire qui semblait acquise au parti de l’ex-Premier ministre grec lui est, dans la dernière ligne droite, vivement disputée par le parti de droite traditionnelle Nouvelle démocratie (ND).

Dans plusieurs sondages parus ce dimanche, l’avance de cinq points précédemment donnée à Syriza sur ND a fondu et ne se compte plus qu’en une poignée de voix, entre 0,3 % et 0,7 %. « Ces résultats signent l’échec du gouvernement Tsipras : il paie le prix de l’écart entre les promesses et ce qui a été réalisé. L’enjeu désormais est de savoir quel parti arrivera en tête et obtiendra la prime des 50 députés », relève Georges Prévélakis, spécialiste de géopolitique et professeur à l’université de Paris I, Panthéon-Sorbonne.

La surprise d’Evangélos Meïmarakis

Habile tacticien, Alexis Tsipras avait décidé en août dernier de convoquer des élections anticipées pour tuer dans l’œuf la rébellion de l’aile gauche de son parti, qui lui reprochait d’avoir accepté le plan d’aide européen, et se relégitimer par l’onction populaire. Si effectivement « Unité populaire », la formation qui a fait sécession avec Syriza peine à trouver des électeurs, Alexis Tsipras n’avait probablement pas parié sur l’éclosion d’Evangélos Meïmarakis, arrivé par défaut à la tête de Nouvelle démocratie après la démission en juillet de son chef historique, Antonio Samaras.

« Meïmarakis est la grande surprise de ce scrutin car il est devenu aussi populaire que Tsipras alors qu’il était totalement inconnu en juillet. Il est bon débatteur, intelligent et se pose en rassembleur », analyse Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert Schuman. « Il a un profil plus populaire que Samaras, qui appartenait à l’élite et il est bien plus ouvert et souple que son prédécesseur : il a par exemple appelé à un gouvernement d’union nationale avec Syriza et d’autres partis soutenant le plan d’aide européen », abonde Georges Prévélakis. Loin d’être anodin, c’est le point essentiel qui explique son succès car c’est la 3e fois en 18 mois que les grecs sont appelés à renouveler leur Parlement et la perspective d’un gouvernement solide dans la durée est un vrai argument électoral.

Evangélos Meïmarakis, le 1er septembre 2015, en meeting à Athènes. - Karagiannis

Une politique d’ores et déjà votée

Et la partie s’annonce d’autant plus compliquée à jouer pour Tsipras que, même s’il gagne, il aura besoin de faire une alliance, comme en janvier dernier, pour obtenir la majorité. Sauf que le petit parti de droite conservatrice avec lequel il s’était allié en janvier, l’Anel, pourrait bien ne pas passer le seuil des 3 % qui permet d’entrer au Parlement, et donc compromettre toute union. Ce qui pourrait forcer Tsipras à revenir sur sa parole. « Il a toujours dit qu’il ne voulait pas s’allier avec des partis appartenant au passé, mais la semaine dernière, il a entrouvert la porte à un accord avec le Pasok (Parti socialiste grec), mais seulement sous certaines conditions… C’est maladroit », juge Georges Prévélakis.

Le mano à mano entre Syriza et ND semble si serré qu’aucun spécialiste ne se risque à une prévision. Majorité absolue pour l’un ou l’autre des partis ? Quelles futures alliances ? Possibilité d’un gouvernement d’union nationale ? « Tout est possible vu l’état du pays, les électeurs sont déboussolés », insiste Jean-Dominique Giuliani. Sans oublier qu’ils savent qu’ils sont appelés à choisir la couleur du futur gouvernement, mais pas la future politique appliquée, qui est déjà scellée dans les grandes lignes par l’adoption, par Syriza et ND, du plan d’économies imposé par les créanciers de la Grèce.