Grande-Bretagne: Jeremy Corbyn à la tête du parti travailliste, et après?

MONDE Selon les analystes, l’élection triomphale du candidat radical à la tête du Labour n’annonce pas des lendemains qui chantent pour le parti d’opposition….

C.P. avec AFP
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Jeremy Corbyn le nouveau leader du parti travailliste britannique le 12 septembre 2015.
Jeremy Corbyn le nouveau leader du parti travailliste britannique le 12 septembre 2015. — Kirsty Wigglesworth/AP/SIPA

Un triomphe, mais pour quoi faire ? Sitôt élu ce samedi à la tête du Labour, Jeremy Corbyn a prononcé un discours aux accents passionnés, dénonçant pêle-mêle « les inégalités qui ont atteint des proportions grotesques » et « un système de protection sociale injuste ». Cette campagne pour les primaires, a-t-il déclaré, « a montré que notre parti (…) était uni et résolument déterminé dans notre quête pour une société meilleure et juste pour tous ». « Les choses peuvent changer -et elles changeront », a-t-il promis.

To everyone who wants to see a fairer Britain I welcome you to join our movement, if you haven't already https://t.co/yGIJcC4mdt
— Jeremy Corbyn MP (@jeremycorbyn) September 12, 2015

Qui est Jeremy Corbyn, la nouvelle coqueluche des anti-austérité britanniques ?

Danger de « guerre civile » au sein du partir travailliste ?

Pourtant avant même lesacre annoncée de Corbyn à la tête du parti travailliste, les analystes ne cachaient pas déjà leur scepticisme. Ces derniers donnent peu de chance au vétéran socialiste de devenir à terme Premier ministre, même élu chef du Labour, car ses idées -comme taxer plus les riches, supprimer l’armement nucléaire ou dépénaliser le cannabis- détonnent trop dans le paysage politique.

Par ailleurs, la victoire de Corbyn risque de diviser son parti et d’entraîner une hémorragie des centristes plus proches du « Nouveau Labour » de Tony Blair que de la politique anti-austérité prônée par le nouveau leader travailliste, dans la lignée des partis grec Syriza ou espagnol Podemos.

« Si Corbyn est élu, il va rapidement découvrir que son travail de chef du parti va être infernal », estimait vendredi auprès de l’AFP Eunice Goes, auteure d’un livre à paraître sur Ed Miliband, le précédent chef du Labour qui a échoué aux élections législatives de mai.

« Abstentions, rébellions, menaces de scission et coups bas dans les médias vont être le quotidien du Labour sous Corbyn », prédit-elle.

« On traversait en effet déjà le désert. Maintenant, ça va peut-être perdurer plus longtemps (…)Peut-être qu’après avoir gagné de manière si extraordinaire le leadership du Labour, peut-être qu’avec cette énorme responsabilité sur les épaules, en tant que leader du principal parti d’opposition au gouvernement, Corbyn va-t-il chercher à se faire accepter », confiait ce samedi à L’Obs Denis MacShane, un ex-ministre de Tony Blair.

Des conservateurs ravis à tort ou à raison ?

Selon les politologues, c’est pour cette raison que les conservateurs se réjouissent de l’arrivée au pouvoir du « camarade Corbyn ».

Les milieux d’affaires britanniques, traditionnellement conservateurs, sont peu intervenus dans le débat, se contentant de mettre en garde contre certaines propositions de Jeremy Corbyn, comme plafonner les très hauts revenus ou renationaliser certaines industries.

Son éventuelle élection « n’inquiète pas les milieux d’affaires, ils s’en fichent », estimait auprès de l’AFP Iain Begg, professeur à la London School of Economics, car « avec Corbyn, la possibilité que le Labour gagne (aux élections générales de) 2020 est minime ».

Débats houleux en perspectives sur les dossiers syriens et européens

Mais cette victoire de Corbyn va en revanche compliquer la tâche de David Cameron en politique étrangère, sur la Syrie et l’Union européenne en particulier.

Depuis la défaite d’Ed Miliband, David Cameron dispose d’une courte majorité à la Chambre des Communes. Pour peu que quelques députés de son camp fassent défaut, il pourrait ne pas arriver à réunir le soutien nécessaire aux frappes en Syrie contre l’Etat islamique qu’il préconise, surtout avec un Labour dirigé par un pacifiste militant.

En plein exode des réfugiés syriens vers l’Europe, David Cameron a annoncé cette semaine qu’un drone britannique avait tué trois djihadistes, une première opération en Syrie qui pourrait en présager d’autres.

Migrants : Des milliers d’Européens dans la rue pour appeler à plus de générosité envers les réfugiés

« Je ne suis pas convaincu que les frappes en Syrie apportent quoi que ce soit d’autre que la mort de civils », a dit Jeremy Corbyn. Sa première décision en tant que chef de parti a été de se rendre à la manifestation organisée à Londres en faveur des réfugiés. Devant des dizaines de milliers de personnes, il a plaidé « pour des solutions pacifiques ».

I joined thousands in Parliament Sq. today who want a government that can & will respond properly to refugee crisis pic.twitter.com/ltsLu1vOO4
— Jeremy Corbyn MP (@jeremycorbyn) September 12, 2015

Ces propos augurent de débats houleux au Parlement au moment où le Premier ministre conservateur David Cameron est à la recherche d’un consensus pour effectuer des frappes en Syrie

Il pourrait aussi compliquer la tâche du Premier ministre qui va faire campagne pour un maintien de la Grande-Bretagne au sein de l’Union européenne, en vue du référendum organisé sur ce thème d’ici la fin 2017.

Le Labour est traditionnellement pro-UE mais la position de Jeremy Corbyn est moins claire. « Il est resté vague sur l’Europe », souligne Ian Begg.

Corbyn estime que l’UE « sape les intérêts des travailleurs ». Le parti Grec Syriza a d’ailleurs salué dès samedi sa victoire en soulignant que « son élection renforce considérablement le front européen contre l’austérité et envoie un message d’espoir au peuple européen ».