114 jours de captivité

Sandrine Cochard

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Après 114 jours de captivité, Alan Johnston a été libéré dans la nuit de mardi à mercredi. 20minutes.fr revient sur les conditions de sa détention et les négociations qui ont permis sa libération.

Ses conditions de détention

«C'était une expérience épouvantable, comme vous pouvez l'imaginer, d'être détenu 16 semaines», a déclaré le journaliste de la BBC, mercredi, lors d'une conférence de presse, à Gaza, où il est apparu les traits tirés et visiblement amaigri. Evoquant «un niveau extraordinaire de stress», il a précisé qu'il n'avait pas été autorisé par ses ravisseurs à voir le soleil pendant les trois derniers mois de sa détention mais était en mesure d'écouter les programmes de la BBC après deux semaines de captivité.

Le 1er juin, l’Armée de l'islam, un groupe extrémiste palestinien, avait diffusé pour la première fois une vidéo du journaliste. Non datée, l’enregistrement de trois minutes montrait l’otage, enlevé dans la bande de Gaza le 12 mars, évoquer sa détention.
«Mes ravisseurs m'ont très bien traité. Ils m'ont bien nourri, ils n'ont pas eu recours à la violence contre moi et je suis en bonne santé», affirmait-il.

Menacé de mort à plusieurs reprises

«Je ne savais pas comment tout cela allait terminer. La tension psychologique est énorme», a déclaré Alan Johnston mercredi, après sa libération. Le journaliste a en effet sérieusement été menacé de mort. Des rumeurs sur son décès ont même circulé durant sa détention.
Le 16 avril, les Brigades de l’unicité et du Jihad (Al Tawhid Al Jihad) ont affirmé dans un communiqué qu’elles l’avaient exécuté. Le 26 juin, ses ravisseurs menaçaient de l’égorger.

Le rôle du Hamas


Selon Alan Johnston, sans les pressions exercées par le Hamas, il serait encore retenu prisonnier. Mardi soir, le mouvement s'était déployé autour du site présumé où le journaliste était captif. Le Premier ministre — limogé — du Hamas, Ismaïl Haniyeh, s'était exprimé en faveur de la libération du journaliste déclarant alors: «Le problème du journaliste doit finir. Nous n'accepterons pas que sa détention se poursuive».
Haniyeh a accueilli chez lui la conférence de presse de Johnston et lui a remis deux cadeaux: un drapeau palestinien dont il l’a enveloppé et une boîte sur laquelle était gravée la mosquée Al-Aqsa, à Jérusalem-est.

Avec la libération d’Alan Johnston, le Hamas veut faire d’une pierre deux coups : prouver que la sécurité est rétablie à Gaza et améliorer ainsi son image sur la scène internationale. «Cette libération est une preuve forte de la sécurité et de la stabilité à Gaza», a ainsi affirmé Ismaïl Haniyeh. «Le chaos à Gaza, c'est fini. Nous sommes entrés dans une nouvelle époque», a poursuivi le porte-parole du Hamas, Sami Abou Zouhri, accusant les services de sécurité palestiniens, fidèles au président Abbas, d'avoir été «responsables» de l'anarchie.

Le coup d’éclat du Hamas pourrait néanmoins être sans effet : le Quartette pour le Proche-Orient (Etats-Unis, Union européenne, Russie, ONU) refuse de traiter directement avec le mouvement.

Gilad Shalit bientôt libéré ?

Le gouvernement israélien, qui s'est félicité de la libération du journaliste, a réclamé la libération du soldat franco-israélien Gilad Shalit soulignant qu'il avait été «enlevé par des membres du Hamas» à la lisière de la bande de Gaza. «En le gardant captif, le Hamas empêche la libération de prisonniers palestiniens», poursuit le communiqué, en faisant allusion à un possible échange de prisonniers. «Nous espérons que la captivité de Shalit prendra fin avec un bon accord qui permettra la libération de nos détenus» en Israël, a affirmé Hanieyh lors de la conférence de presse de mercredi.

Un an jour pour jour après son enlèvement, le 25 juin dernier, le Hamas avait publié un message dans lequel Shalit appelait le gouvernement israélien à en faire plus pour sa libération, affirmant que sa santé s'était détériorée.
Des négociations directes, réclamées par le vice-Premier ministre israélien, Eli Yishaï, ne sont pour autant pas avancées : Israël considère le Hamas comme une organisation terroriste avec laquelle le pays refuse tout contact. Quant au Hamas, il ne reconnaît pas l’existence de l’Etat hébreu.