VIDEO. Migrants : En première ligne, l’Allemagne ouvre grand ses portes

MIGRANTS L'Allemagne est la première destination des migrants en Europe, avec 450.000 personnes arrivées depuis le début de l'année...

Anne-Laëtitia Béraud

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Angela Merkel serre la main de réfugiés alors qu'elle visite un centre d'enregistrement de demandes d'asile, le 10 septembre 2015 à Berlin
Angela Merkel serre la main de réfugiés alors qu'elle visite un centre d'enregistrement de demandes d'asile, le 10 septembre 2015 à Berlin — BERND VON JUTRCZENKA DPA

De notre envoyée spciale à Berlin, 

Alors que la crise migratoire atteint des sommets en Europe, l'Allemagne offre un visage original en ouvrant grand ses portes. Environ 450.000 réfugiés sont arrivés depuis le début de l'année, a annoncé jeudi le vice-chancelier social-démocrate Sigmar Gabriel. Et le pays prévoit de recevoir d’ici la fin de l’année 800.000 demandeurs d'asile, un record en Europe.

Angela Merkel, qui bénéficie du soutien de sa population, estime qu’il est un «devoir » d’accueillir les réfugiés. Critiquée il y a quelques mois pour son intransigeance dans la crise grecque, caricaturée en mère la rigueur, Angela Merkel adopte aujourd’hui une attitude incroyablement ouverte envers les réfugiés du Moyen-Orient et d’Afrique.

Tradition allemande de l'acceuil

«Sur le terrain, ce ne sont pas les pouvoirs publics, mais les personnes "normales" qui agissent pour les réfugiés. Cette mobilisation est fantastique, cela me surprend aussi», estime Anjia Lull, une enseignante berlinoise. Cette dernière vient apporter des packs d’eau pour les migrants au Bureau fédéral des affaires sociales de Berlin, le LaGeSo. Chaque jour dans ce centre d’enregistrement débordé, des dizaines de volontaires se mobilisent pour apporter à manger et à boire, donner des vêtements et des produits d’hygiène aux demandeurs d'asile. 

Si l'élan populaire allemand en faveur des réfugiés, principalement de Syrie, d'Irak et d'Erythrée semble surprenant, la tradition de l’accueil dans ce pays ne l’est pas. «L’Allemagne a déjà eu des expériences similaires dans son histoire», explique Ben Kramm, professeur de sciences politiques et sociales à Bochum. « Après 1945, à la fin de la guerre, 14 millions d’Allemands sont partis des territoires de l’est pour revenir en Allemagne. Et en 1989, à la chute du mur de Berlin, beaucoup d’Allemands de l’est sont partis à l’ouest. Cette expérience collective est encore très présente dans la mémoire allemande», ajoute-t-il.

Mobilisation populaire

La société civile par ailleurs été choquée par la vingtaine d’incendies criminels qui ont frappé des centres accueillant des migrants ces trois dernières semaines. «S'il y a bien une minorité opposée aux réfugiés, la société ne veut pas de violence contre eux», commente Ben Kramm. Une attitude qui s’explique, selon le professeur, par l’évolution de la société allemande. «La société allemande a changé. Beaucoup de jeunes, dont certains ont une histoire familiale liée à l’immigration, sont incroyablement enthousiastes. Ils veulent représenter une nouvelle Allemagne, cette "Allemagne claire" comme le définit le président allemand Joachim Gauck», ajoute Ben Kramm.

La mobilisation populaire, sur laquelle s’appuie le gouvernement allemand, survivra-t-elle au fil du temps? Parmi les Berlinois au chevet des réfugiés, on agit au jour le jour avant d’espérer. «On ne peut pas rester sans rien faire aujourd'hui. Il y a urgence», estime Anne, une volontaire de l'association berlinoise «Moabit Hilfe!». Quant à la chancelière allemande Angela Merkel, elle a promis de mettre tout en oeuvre pour intégrer les réfugiés, et leur permettre d'accéder rapidement au marché de l'emploi.