Accueil de 120.000 réfugiés: Les pays de l'Union européenne peuvent-ils trouver un consensus?

CARTE Les Etats membres vont tenter de s'accorder lundi sur la répartition des réfugiés pour faire face à la crise migratoire qui touche actuellement la région...

Bérénice Dubuc et Laure Cometti

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Des migrants attendent d'embarquer dans un bus affrété par l'Autriche, à Hegyeshalom en Hongrie, le 6 septembre 2015.
Des migrants attendent d'embarquer dans un bus affrété par l'Autriche, à Hegyeshalom en Hongrie, le 6 septembre 2015. — Marko Drobnjakovic/AP/SIPA

Finie la répartition volontaire, place aux quotas contraignants pour gérer la crise migratoire que connaît actuellement l’Union européenne (UE). Alors que le Haut-commissariat de l’ONU aux réfugiés (HCR) a demandé la répartition d’au moins 200.000 demandeurs d’asile dans l’UE, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a présenté mercredi à Strasbourg le projet de répartition entre Etats membres de 120 000 réfugiés au cours des deux prochaines années.

Cependant, ce projet - qui va s’ajouter à la réinstallation de 40 000 migrants annoncée en mai - ne satisfait pas tous les Etats membres. D’où le débat houleux qui risque d’avoir lieu lundi entre les ministres européens de l’Intérieur réunis pour un sommet extraordinaire.

L’axe franco-allemand à l’initiative

Le 3 septembre, Angela Merkel et François Hollande se sont accordés sur le principe de mécanisme contraignant de répartition des migrants dans les pays de l’UE, qui doit être soumis au débat lundi, avant un sommet européen. Logique donc que Berlin et Paris approuvent les quotas attribués par la Commission européenne. En acceptant d’accueillir respectivement 31 443 et 24 031 personnes, l’Allemagne et la France se placent en tête des pays d’accueil (26 % et 20 % du total).

Répartition des 120 000 réfugiés proposée par la Commission européenne | Create infographics

Les récalcitrants

Plusieurs Etats membres jugent la répartition obligatoire inacceptable. Le « groupe de Visegrad » (Pologne, Hongrie, République tchèque et Slovaquie) a ainsi martelé en fin de semaine dernière son refus de tout quota fixé par Bruxelles. Ainsi, alors que la Pologne affirme pouvoir prendre en charge 2 400 réfugiés par an, Bruxelles souhaite qu’elle en accueille 9 287.

En République tchèque, le Premier ministre, Bohuslav Sobotka, s’est engagé à accueillir 1 700 réfugiés, mais Bruxelles compte sur 2 978.

La Slovaquie, qui a annoncé fin août qu’elle accorderait l’asile à 200 chrétiens syriens sur deux ans, devrait, aux yeux de la Commission européenne accueillir 1 502 personnes.

Les pays Baltes, qui risquaient de rejoindre le « groupe de Visegrad », sont quant à eux relativement épargnés par les quotas voulus par la Commission (580 personnes pour la Lituanie, 526 pour la Lettonie, 373 pour l’Estonie). A l’inverse, l’Espagne, autre opposante aux quotas qui a déjà accepté d’accueillir 2 739 demandeurs d’asile, se place en troisième position des pays d’accueil, selon la répartition voulue par Bruxelles, avec 14 931 réfugiés.

Les points d’entrée

Dans le « groupe de Visegrad », seule la Hongrie de Viktor Orban est exemptée par la Commission, car le pays est déjà le point d’entrée de nombreux migrants. La Commission prévoit que 54 000 réfugiés présents en Hongrie pourront être relocalisés sur deux ans. Autres portes d’entrée des migrants en Europe : sur deux ans, 50 400 et 15 600 demandeurs d’asile arrivés en Grèce et en Italie seront répartis ailleurs dans l'UE.

Certains pays pourront-ils refuser ces quotas ?

A titre exceptionnel uniquement, selon la Commission européenne qui évoque notamment les catastrophes naturelles ou les perturbations économiques imprévues. L’Etat devra dans ce cas verser une contribution financière (correspondant à 0,002 % de son PIB) à un « pot commun » d’assistance aux réfugiés hébergés ailleurs dans l’UE.

Si les ministres de l'Intérieur européens ne surmontent par leurs divisions lundi à Bruxelles le président du Conseil européen, Donald Tusk, a annoncé qu'il convoquerait les 28 chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE pour un conseil extraordinaire sur la crise des réfugiés .