VIDEO. Migrants : Des Berlinois partagés entre l'élan de solidarité et la peur «de la mafia»

REACTIONS Des habitants du quartier berlinois de Neuköilln ont vu leur gymnase devenir un centre d’hébergement d’urgence pour des réfugiés…

Anne-Laëtitia Béraud

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Le 9 septembre 2015 dans le quartier de Neukölln, à proximité d'un gymnase reconverti en centre d'hébergement d'urgence pour des réfugiés.
Le 9 septembre 2015 dans le quartier de Neukölln, à proximité d'un gymnase reconverti en centre d'hébergement d'urgence pour des réfugiés. — AL BERAUD/20 MINUTES

De notre envoyée spéciale à Berlin,

Face à l’afflux de réfugiés, la ville de Berlin a transformé un gymnase de l’arrondissement de Neukölln en un centre d’hébergement d’urgence pour réfugiés. Le Jahn-Sporthalle accueille depuis mardi 150 réfugiés du Moyen-Orient et d’Afrique. Dans cet ancien quartier populaire où cohabite un arc-en-ciel de nationalités, la nouvelle partage les habitants.

 

« C’est tout nouveau ici, les gens sont accueillants. Ils veulent aider, apporter de la nourriture ou des vêtements », raconte un employé du bureau de tabac situé à une centaine de mètres du gymnase. « On m’a même demandé comment faire pour les aider ! », rigole-t-il. « Il y a bien quelques-uns qui sont contre ce centre mais pour le moment, ce n’est qu’une toute petite minorité des clients que je sers », ajoute le jeune homme.

« Il faudra bien les placer dans un meilleur endroit un jour ou l’autre »

Un avis partagé par Heike, qui promène son vieux labrador sur l’avenue menant au centre. Le rythme lent du chien lui permet de s’attarder devant le manège des entrées et des sorties du gymnase. Cette habitante a suivi les informations qui ont annoncé l’arrivée des réfugiés dans le quartier. « On ne peut pas laisser ces personnes mourir à cause de la guerre, ou sur la route pour venir jusqu’ici », explique-t-elle. Mais la femme s’interroge sur le lendemain. « Un gymnase, ce n’est pas vraiment fait pour accueillir des gens. Je pense aux familles, aux enfants… il faudra bien les placer dans un meilleur endroit un jour ou l’autre ».

C’est enfin « ailleurs », qu’une autre habitante du quartier voudrait envoyer les réfugiés. Juchée sur son vélo, la sexagénaire vient « prendre la température des lieux ». « Dans l’urgence, les pouvoirs publics acceptent les migrants mais ils ne regardent pas le fonctionnement de ce type de centre d’hébergement d’urgence. Pour moi, c’est une mafia ». Pour cette habitante, « le quartier n’a pas besoin de ce centre, alors qu’il y a des problèmes de drogue et de prostitution rom ici. Ajouter de la pauvreté à la pauvreté, cela ne sert à rien ».