VIDEO. Migrants: Installés dans un gymnase à Berlin, les réfugiés se sentent «en sécurité»

REPORTAGE A Berlin, en Allemagne, un gymnase reconverti en un centre d’accueil d’urgence héberge depuis mardi 150 réfugiés…

Anne-Laëtitia Béraud

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Le 9 septembre 2015 à Berlin. Le gymnase Jahn-Sporthalle de Neukölln a été transformé en centre d'hébergement d'urgence pour des réfugiés.
Le 9 septembre 2015 à Berlin. Le gymnase Jahn-Sporthalle de Neukölln a été transformé en centre d'hébergement d'urgence pour des réfugiés. — A.-L.Béraud/20 Minutes

De notre envoyée spéciale à Berlin,

Adnan sourit. Après 55 jours de « voyage », en bus, en train et à pied, cet Afghan de 21 ans qui en fait quinze de plus est arrivé à Berlin. C’est la fin du chemin pour celui qui a quitté son pays « détruit par les talibans et les bombes des drones américains ». L’ancien cuisinier de la province de Kounar, dans l’est de l’Afghanistan, a laissé sa famille au Pakistan pour traverser à pied les frontières de l’Asie puis des Balkans pour gagner l’Allemagne.

Avec 149 autres hommes, femmes et enfants, Adnan est hébergé depuis mardi dans un gymnase à Neukölln, un arrondissement du sud de Berlin. Le centre d’accueil d’urgence est rudimentaire : les lits de camp sont disposés en rangs serrés dans le gymnase, sans intimité, les douches sont communes et une salle d’exercice a été reconvertie en cantine de fortune. Qu’importe pour Adnan : « On est en sécurité. On peut dormir, manger, avoir des vêtements. Les gens sont très gentils avec nous ».

Une organisation à construire

« On a de la bonne volonté mais on est débordé », lance Rolf Vogel, de l’entreprise sociale Tamaja, qui gère le centre. « Les pouvoirs publics nous ont appelés lundi midi pour mettre en place cet accueil mardi. Rien n’a été fait, on improvise », commente ce grand blond aux yeux clairs. L’homme est pourtant secondé par une armada de volontaires, qui à l’approche du déjeuner s’activent pour emmener des palettes de nourriture et de boissons vers la cantine.

Arrivent à bout de bras des centaines de bouteilles d’eau et de soda, des kebabs chauds dans leurs boîtes en carton, quatre cageots de figues et de fraises en barquette. Et, merveille pour les enfants, trois gros sacs remplis de jouets les attendent. Les camions et les avions multicolores sont accueillis par des cris d’excitation. Un volontaire a les larmes aux yeux en voyant un enfant s’emparer d’un jouet. « Ce qu’ils ont vu et vécu, ce n’est pas pour eux. Tous les enfants devraient pouvoir jouer ».

Garder le contact avec la famille

Le repas avalé, les réfugiés s’éparpillent entre le dortoir et ceux qui vont découvrir le quartier. A une centaine de mètres du gymnase, le bureau de tabac est assailli par ceux qui viennent acheter des cartes de téléphones. « Le centre vient d’ouvrir et pour le moment, les habitants sont accueillants et positifs vis-à-vis des réfugiés. Il y en a bien quelques-uns qui sont contre mais c’est aujourd’hui une toute petite minorité », affirme un employé du petit commerce.

C’est d’ailleurs dans ce tabac que se presse Adnan. Lui aussi vient acheter une carte pour garder le contact avec sa famille. Mais au téléphone, sur Facebook et ou via WhatsApp, il ne dit pas tout. « Je ne leur ai pas dit quand des militaires pakistanais nous ont tirés dessus, et que j’en ai vu tomber juste à côté de moi. Je ne leur ai pas dit non plus que des policiers hongrois m’ont frappé parce qu’ils disaient que j’étais un passeur ». Quant aux projets, Adnan n’en a pas pour le moment. « Pour moi, il n’y a qu’un aujourd’hui qui recommence chaque jour. Peut-être qu’un jour, je pourrais penser à "demain" ».