Fukushima: Une ville totalement évacuée est décrétée de nouveau habitable

JAPON Les organisations écologistes s'insurgent contre cette décision des autorités concernant la ville de Naraha, à une vingtaine de kilomètres de la centrale nucléaire accidentée...

M.C. avec AFP

— 

Veillée aux chandelles pour marquer le jour où la ville de Naraha, dans la région de Fukushima, est officiellement redevenue habitable, le 4 septembre 2015. Lancer le diaporama
Veillée aux chandelles pour marquer le jour où la ville de Naraha, dans la région de Fukushima, est officiellement redevenue habitable, le 4 septembre 2015. — Koji Sasahara/AP/SIPA

La commune japonaise de Naraha, dans la région de Fukushima, est officiellement redevenue habitable samedi à minuit par la levée de l'ordre d'évacuation, une première pour une bourgade totalement évacuée après l'accident nucléaire du 11 mars 2011.

Une cérémonie marquant cette renaissance de la ville s'est tenue dans la matinée dans un parc, après une veillée aux chandelles la veille à partir de 18h (11h, heure française) jusqu'au milieu de la nuit, selon les informations communiquées par la mairie sur son site internet. 

Seulement 10% des habitants se seraient inscrits pour revenir

Les anciens habitants (2.694 foyers, 7.368 personnes) avaient jusqu'à présent le droit de revenir pour préparer leur retour, mais pas de se réinstaller totalement. Selon les médias japonais, seulement un peu plus de 10% se seraient inscrits pour revenir. Un sondage datant d'octobre dernier effectué auprès des ex-habitants a révélé que 22,9% avaient décidé de ne pas revenir, 30,5% n'avaient pas tranché, 9,6% étaient prêts à rentrer et 36,1% étudieraient un retour sous condition.

Japon: Quatre ans après, la ville qui héberge la centrale de Fukushima va retirer les pancartes pro-nucléaires

Les autorités estiment que le niveau d'exposition à la radioactivité à Naraha, ville située à une vingtaine de kilomètres de la centrale accidentée Fukushima Daiichi, est revenu à un seuil inférieur à 20 millisieverts par an. Ce niveau permet en théorie aux habitants, selon le gouvernement japonais et des organismes internationaux, d'y revivre presque normalement, même si la décontamination n'est ni intégrale ni parfaite.

«Le niveau de contamination est très variable selon les maisons»

Les avis divergent cependant et les organisations écologistes s'insurgent contre ces conclusions. «Le niveau de contamination est très variable dans cette localité et selon les maisons, ce qui risque de créer des tensions entre les personnes», a déclaré récemment pour l'AFP Jan Vande Putte de Greenpeace.

Les effets des radiations sur la santé, une bombe à retardement

Une partie des infrastructures ont été rétablies, dont une ligne ferroviaire, une succursale bancaire a rouvert, de même qu'une supérette et un restaurant. Mais pour certains habitants comme Satoru Yamauchi, qui tenait avant l'accident un restaurant de nouilles «soba», c'est notoirement insuffisant et les craintes (notamment vis-à-vis de l'eau) ne sont pas levées.

Satoru Yamauchi, 60 ans, se tient dans le restaurant de nouilles qu'il tenait avant la catastrophe nucléaire, à Naraha, dans la préfecture de Fukushima, le 16 juillet 2015. - TOSHIFUMI KITAMURA / AFP

 

 

«Il reste une montagne de problèmes à surmonter»

«On ne peut bien entendu pas dire que la sûreté soit totalement rétablie et il est clair qu'il reste une montagne de problèmes à surmonter», a convenu le maire de Naraha, Yukiei Matsumoto, dans un message à la population cet été après l'annonce de la décision de lever l'interdiction d'habiter dans la localité. Mais il soulignait aussi que «la vie de réfugié entraîne de nombreux soucis et un important stress qui ont des répercussions sur la santé d'un nombre grandissant de personnes».

Jusqu'à présent, le retour a été autorisé dans les parties évacuées de Kawauchi et de Tamura (également dans la province de Fukushima), mais c'est la première fois que la levée concerne une cité intégralement vidée de ses habitants.