Crise des migrants: Ebranlée par la photo d’Aylan, l’Europe se divise sur les quotas

IMMIGRATION Réticents à ouvrir leurs frontières, quatre pays de l’Est ont choisi d’organiser, de leur côté, leur propre réunion sur la question des réfugiés…

20 Minutes avec AFP
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Des migrants débarquent en Sicile, le 3 septembre 2015.
Des migrants débarquent en Sicile, le 3 septembre 2015. — Carmelo Imbesi/AP/SIPA

« Il est urgent d’agir », n’ont cessé de répéter les responsables politiques, jeudi, choqués par la photo du corps du petit Aylan, trois ans, retrouvé noyé sur une plage de Bodrum (Turquie). Encore faudrait-il qu’ils se réunissent au même endroit pour pouvoir décider !

Devant une Europe divisée, le haut-commissaire de l'ONU pour les réfugiés (HCR), Antonio Guterres, a appelé vendredi à la répartition d'au moins 200.000 demandeurs d'asile dans l'Union européenne et a estimé que tous les membres de l'UE devaient avoir l'obligation de participer à ce programme.

Une photo pour une « prise de mauvaise conscience »

Signe de la profonde division qui règne en Europe sur la question migratoire, quatre pays de l’Est opposés à l’ouverture de leurs frontières – la Hongrie, la République Tchèque, la Slovaquie et la Pologne – ont décidé de se retrouver, ce vendredi à Prague (République tchèque), alors même qu’une réunion des ministres des Affaires étrangères sur le même sujet est prévue à Luxembourg.

Viktor Orban : « Tous veulent aller en Allemagne »

C’est la question des « quotas contraignants » qui divisent les pays de l’UE. Jeudi, après la diffusion de la photo du petit Aylan, François Hollande et Angela Merkel ont annoncé le lancement d’une initiative commune. La chancelière allemande a évoqué des « quotas contraignants », le président français « un mécanisme permanent et obligatoire ».

En live : Revivez les événements de la journée de jeudi

Un dispositif auquel est totalement opposé Viktor Orban, le Premier ministre hongrois, qui voit défiler dans son pays des dizaines de milliers de réfugiés depuis des semaines. Après avoir construit un mur de barbelés de 175 kilomètres de long pour protéger sa frontière sud, ce dirigeant de droite a clairement rejeté la proposition franco-allemande. « Personne ne veut rester en Hongrie, en Slovaquie, en Estonie ou en Pologne. Tous [les réfugiés] veulent aller en Allemagne… » Autrement dit, pourquoi la Hongrie prendrait-elle sa part à l’effort alors qu’elle n’est qu’un pays de transit pour les réfugiés ?

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120.000 réfugiés à répartir d’urgence

Avant même cette déclaration, Donald Tusk, le président du Conseil européen s’était inquiété d’un vrai risque de division entre l’est et l’ouest de l’Union européenne. « Certains états membres ne pensent qu’à endiguer la vague de migrants, ce qui est symbolisé par la clôture controversée en Hongrie. Tandis que d’autres veulent plus de solidarité… »

Car il va falloir trancher rapidement. Partisan d’une répartition équitable des réfugiés entre pays, la Commission européenne doit présenter de nouvelles propositions le 9 septembre. Mais elle n’attendra pas jusque-là pour prendre des mesures d’urgences. Jeudi, Jean-Claude Juncker, son président, a fait savoir qu’il allait demander « de répartir en urgence 120.000 réfugiés supplémentaires au sein de l’Union », selon une source européenne.

Plus de 230.000 migrants ont rallié la Grèce par la mer depuis le début de l’année, contre environ 17.500 pour la même période en 2014, a indiqué le ministre adjoint grec à la Marine marchande, Nikos Zoïs. « Plus de 80 % » de ces arrivants comptabilisés par les garde-côtes « sont des réfugiés », a-t-il précisé.