Enfant syrien noyé: Comment la photo est devenue virale

CHRONOLOGIE La photographie du corps sans vie d'Aylan al-Kurdi, échoué sur une plage turque, a provoqué une onde de choc dans le monde entier...

Laure Cometti

— 

Un policier turc se tient près du corps d'un enfant migrant mort noyé, sur une plage de Bodrum, au sud de la Turquie, après le naufrage d'un bateau transportant des réfugiés, le 2 septembre 2015
Un policier turc se tient près du corps d'un enfant migrant mort noyé, sur une plage de Bodrum, au sud de la Turquie, après le naufrage d'un bateau transportant des réfugiés, le 2 septembre 2015 — STR DOGAN NEWS AGENCY

Mercredi 2 septembre 2015. Il est environ 6 heures du matin. Nilufer Demir, une photographe qui travaille pour l’agence turque Dogan News Agency (DHA), se trouve sur une plage d’Akyarlar, près de Bodrum en Turquie. Quand elle aperçoit les corps de plusieurs réfugiés échoués dans le sable, son sang « s’est glacé ». Aylan al-Kurdi, trois ans, gît face contre terre, dans son T-shirt rouge et son short bleu.

>> Enfant syrien noyé : Aylan, trois ans, enfant de l’« humanité naufragée »

« J’étais pétrifiée »

A une centaine de mètres plus loin, le corps de son frère de cinq ans, Ghalib. « Il n’y avait plus rien que je puisse faire à part mon métier de journaliste », raconte Nilufer Demir dans une vidéo, en turc, mise en ligne sur le site de son employeur, dont 20 Minutes a traduit quelques passages. « J’ai remarqué qu’il ne portait ni gilet de sauvetage ni bouées, rien pour les aider à flotter dans l’eau. Cette photo montre à quel point cette situation est dramatique ».

>> Crise des migrants : Suivez la situation en direct par ici

 

« J’ai ressenti une grande douleur et de la tristesse (…)  Je devais prendre une bonne photo, faire de mon mieux (…) », explique-t-elle, admettant qu’il n’a pas été facile d’appuyer sur le bouton du déclencheur. « Je voulais refléter le drame de ces gens ».

Nilufer Demir couvre les drames de l’immigration pour DHA depuis 2003. La photographe connaît bien ce lieu, mais c’est la première fois depuis plusieurs mois qu’elle voit des cadavres sur cette plage, a-t-elle expliqué à la chaîne CNN en turc. « Jamais je n’ai pensé que ces images feraient un tel effet », affirme-t-elle. « J’espère que quelque chose va changer à partir d’aujourd’hui ».

« L’humanité échouée »

Très vite, les photographies prises par Nilufer Demir pour DHA sont largement diffusées mercredi, d’abord dans les médias et les réseaux sociaux turcs. Sur Twitter, le mot-clé #KiyiyaVuranInsanlik (« l’humanité échouée » en turc) a été largement relayé, ainsi que #AylanKurdi. Ces hashtags sont en tête des tendances sur Twitter en Turquie ce jeudi, ainsi que #ÇocuklarınÖldüğüDünyada (« les enfants meurent dans le monde »).

Peu à peu, les internautes du monde se sont intéressés au sujet, relayant la photo via les mots-clés #KiyiyaVuranInsanlik, sa traduction en anglais #HumanityWashedAshore, et #AylanKurdi. « Les enfants meurent dans le monde » fait également partie des hashtags les plus partagés sur Twitter dans le monde ce jeudi.

 

A la mi-journée, Peter Bouckaert, directeur des situations d’urgences de Human Rights Watch, a contribué à amplifier la diffusion du cliché en retweetant un groupe d’activistes basés à Racca qui diffuse régulièrement des informations sur les conditions de vie des Syriens. 

Dans la soirée, de nombreux journaux du monde entier ont dévoilé leur une du lendemain, avec la photographie d’Aylan al-Kurdi, ce qui a décuplé la viralité de ce cliché.

Le mot-clé #KiyiyaVuranInsanlik (« l’humanité échouée » en turc) s’est propagé sur Internet dans le monde entier comme le montre cette carte réalisée par 20 Minutes avec l’outil CartoDB.

 

 

Quant à Nilufer Demir, elle se trouve encore à Bodrum, où elle poursuit son reportage sur les réfugiés, a expliqué DHA à 20 Minutes.