Enfant syrien noyé: Aylan, 3 ans, enfant de l’«humanité naufragée»

PORTRAIT Les images de son corps sans vie ont fait le tour du monde. Voici ce que l’on sait de ce jeune kurde syrien qui a péri noyé en tentant de rejoindre la Grèce avec sa famille…

L.C.

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Aylan Al-Kurdi a péri noyé alors qu'il tentait, avec sa famille, de rejoindre la Grèce. La photo de son corps inanimé sur la plage a bouleversé le monde entier.
Aylan Al-Kurdi a péri noyé alors qu'il tentait, avec sa famille, de rejoindre la Grèce. La photo de son corps inanimé sur la plage a bouleversé le monde entier. — REX Shutterstock/SIPA

Aylan al-Kurdi avait trois ans. Son tee-shirt rouge, son short bleu et ses chaussures aux semelles jaunes… Les images de son corps sans vie, allongé sur le sable face contre terre, ont fait le tour du monde, sur Twitter et en une des journaux internationaux. Aylan est mort noyé en essayant de traverser la Méditerranée avec sa famille et d’autres réfugiés syriens. Ils tentaient de rejoindre l’île grecque de Kos depuis les côtes turques à bord de deux embarcations. Le corps d’Aylan a été retrouvé mercredi sur une plage de Bodrum par les gardes-côtes turcs.

 

 

Sa famille n’a cessé de fuir la guerre en Syrie 

Aylan al-Kurdi était originaire de Kobané, précisent les autorités turques. Cette ville de Syrie, proche de la frontière turque, a été il y a quelques mois le théâtre de violents affrontements entre les combattants de Daesh et les miliciens kurdes. La famille d’Aylan n’a cessé de fuir les combats en Syrie au cours des quatre dernières années, a témoigné ce jeudi un journaliste de Kobané. Elle souhaitait rejoindre l’Europe puis le Canada.

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« Ils ont quitté Damas en 2012 pour Alep », la deuxième ville du pays, « et lorsque des combats s’y sont déclarés, ils sont partis à Kobané », explique Mustefa Ebdi. La ville kurde étant le siège d’affrontement entre Daesh et les milices kurdes, la famille est partie en Turquie à l’automne 2014, selon le journaliste. Fin janvier 2015, lorsque le siège de Kobané a pris fin, la famille Kurdi y est retournée, avant de devoir à nouveau fuir la guerre lorsque Daesh a lancé une nouvelle offensive en juin dernier. Cela faisait un mois qu’Aylan, son frère et ses parents étaient à Bodrum lorsqu’ils ont pris le bateau pour la Grèce.

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Son frère et sa mère ont également péri dans le naufrage

Il étaient une vingtaine de réfugiés à monter à bord de deux embarcations, à Akyarlar, dans la péninsule de Bodrum, dans la nuit de mardi à mercredi, rapportent les autorités turques. Les navires ont chaviré et les gardes-côtes ont retrouvé une douzaine de corps sans vie.

 

Parmi eux, Ghalib, cinq ans, le grand frère d’Aylan, n’atteindra jamais l’Europe. leur mère, Rehan, 35 ans, serait également décédée selon plusieurs médias anglo-saxons citant des sources turques.

Des photos montrant Aylan avec son grand frère avant le drame ont été publiées sur Twitter.

 

Leurs dépouilles seront rapatriées de l’hôpital local où elles ont été transportées à Kobané pour y être enterrées dans les 48 prochaines heures, a indiqué à l’AFP Mustefa Ebdi, un journaliste de cette ville qui s’est entretenu avec un proche de la famille ayant recueilli le père, Abdallah, qui a survécu au naufrage.

Au total, cinq enfants ont péri et neuf ont pu être sauvés.

Seul le père de famille a survécu

Abdullah, le père d’Aylan et Ghalib, a survécu. Mustefa Ebdi l’a contacté mais « il ne pouvait parler car il ne cessait de pleurer ». Selon ses proches, il souhaite retourner à Kobané pour inhumer son épouse et ses fils, et se faire enterrer à leurs côtés. Sa sœur, Teema Kurdi, s’est installée au Canada, à Vancouver, il y a vingt ans, où elle travaille comme coiffeuse. Elle a appris la nouvelle par sa belle-sœur. « Elle a reçu un coup de fil d’Abdullah, et tout ce qu’il a dit c’est « ma femme et mes deux garçons sont morts » », a-t-elle expliqué au National Post.

« J’essayais de les aider financièrement. Mes amis et voisins m’ont aidé avec la banque, mais je n’ai pas pu les aider à quitter la Turquie. C’est pour cela qu’ils ont pris le bateau. Je payais leur loyer en Turquie, mais la manière dont les Syriens sont traités là-bas est horrible », a-t-elle déclaré à Ottawa Citizen.