La route de l'Arctique, nouveau périple pour les réfugiés souhaitant rejoindre l'Europe

MIGRATIONS Plus d’une centaine de réfugiés principalement syriens ont traversé la frontière russo-norvégienne depuis le début de l’année 2015…

Laure Cometti
— 
Le poste-frontière de Storskog, entre la Russie et la Norvège.
Le poste-frontière de Storskog, entre la Russie et la Norvège. —

Tandis que des dizaines de milliers de réfugiés principalement syriens rejoignent la Grèce et l’Italie en traversant la Méditerranée au péril de leur vie, des dizaines de leurs compatriotes empruntent un chemin moins fréquenté. Et pour cause : il s’agit de rejoindre la Norvège en traversant sa frontière avec la Russie, à plus de 4.000 kilomètres à vol d’oiseau de Damas, dans un froid parfois extrême.

La Russie et la Norvège (qui intègre l’espace Schengen) sont séparées par une frontière de près de 200 kilomètres contrôlée par un unique poste frontière à Storskog. Les ressortissants des deux pays peuvent franchir librement la douane, contrairement à ce que prévoient les accords entre la Russie et la Finlande qui partagent une frontière de 1.300 kilomètres.

 

Près de 90 % de Syriens

Entre le 1er janvier et le 30 août 2015, 151 demandes d’asile y ont été enregistrées, confirme à 20 Minutes un porte-parole du ministère de la Justice norvégien. Parmi les demandeurs d’asile, 132 sont syriens, détaille le ministère.

Les autorités norvégiennes précisent que les flux migratoires se sont intensifiés ces dernières semaines. Une cinquantaine de réfugiés ont été enregistrés à Storskog rien que pour le mois de juillet 2015 selon Garan Stenseth, chef de la police locale. Ces flux migratoires inquiètent les autorités norvégiennes car l’hiver approchant, les températures peuvent descendre en dessous de -15 degrés Celsius.

Un phénomène « qui pourrait s’accentuer »

« C’est un phénomène récent, encore relativement marginal au regard des 6.000 demandes d’asile enregistrées par la Norvège depuis le début de l’année », observe Paul Nesse, conseiller de l’ONG Norwegian Refugee Council (NRC). « Mais cela pourrait s’accentuer à cause des mesures prises au niveau d’autres frontières de l’espace Schengen », estime-t-il, faisant notamment allusion au mur élevé à la frontière serbo-hongroise. D’autant plus qu’il n’y a « qu’un ou deux policiers à la frontière russo-norvégienne, isolée et habituellement très calme ». Il précise que quelques réfugiés sont russes, ukrainiens, macédoniens, arméniens, marocains ou tunisiens.

D’après les premiers dossiers examinés par le NRC, la majorité des réfugiés se rend à Moscou par avion, avant de rejoindre Mourmansk par bus ou par train. La ville portuaire de 300.000 habitants n’est qu’à deux heures de route la frontière.

La police norvégienne renforce les contrôles

Selon The Local, un accord russo-norvégien interdit aux réfugiés de traverser la frontière entre les deux pays à pied, mais certains contournent cette interdiction en utilisant des vélos. La police locale a saisi une vingtaine de bicyclettes selon l’AFP. Certains réfugiés traversent également la frontière à bord de véhicules immatriculés en Russie ou en Norvège, et qui sont autorisés à franchir la douane. Or il est illégal de transporter des passagers non munis de visa, a récemment rappelé la police norvégienne, précisant que les sanctions peuvent aller jusqu’à six ans de prison. Plusieurs conducteurs ont été arrêtés, a annoncé Hans Møllebakken, chef de la police de Kirkenes à The Local. Les autorités ignorent à ce jour s’il s’agit d’arrangements ponctuels ou un d’un trafic monnayé.

Après avoir traversé la frontière, les demandeurs d’asile sont emmenés par avion à Oslo dans la journée, explique le NRC. La plupart choisissent ensuite de rester en Norvège.