A la frontière serbo-hongroise, les migrants tiraillés entre l’envie d’avancer et la peur

REPORTAGE Aidé par la Russie, le commissariat pour les réfugiés en Serbie a ouvert depuis le 12 août un camp à moins de quatre kilomètres de la frontière hongroise. Fatigués par des semaines de voyage et effrayés par la politique du gouvernement hongrois, des familles hésitent à traverser la frontière…

Hélène Sergent
— 
Au camp de Kanjiža, en Serbie, les réfugiés restent quelques jours, parfois quelques heures avant de reprendre le route, direction la Hongrie.
Au camp de Kanjiža, en Serbie, les réfugiés restent quelques jours, parfois quelques heures avant de reprendre le route, direction la Hongrie. — Hélène Sergent

De notre envoyée spéciale,

Les effluves de fritures qui émanent du food-truck miteux installé à l’entrée du camp se diffusent dans toutes les allées. Mais les réfugiés installés sous l’une des quatorze tentes de Kanjiza plantées par le Commissariat pour les réfugiés, lui-même régi par le gouvernement Serbe, sont peu à se laisser tenter. La chaleur sous les immenses bâches bleues est rapidement devenue insoutenable en cette fin d’août caniculaire et les quelques oliviers plantés ici et là sont rapidement pris d’assaut.

Leonarda, en charge de la logistique pour le Commissariat pour les réfugiés, accuse le coup : « Depuis l’ouverture de ce lieu le 12 août dernier, près de 25 000 personnes ont été prises en charge ici. Avant, ils erraient dans la ville, dormaient dans les parcs, ça n’était plus tenable ». L’organisation semble désormais bien rôdée. La Croix Rouge et le Haut Commissariat aux Réfugiés de l’ONU sont également présents, les tentes ont pour la plupart été fournies par le centre humanitaire russe de Niš.

Crise des migrants: «Ce mur de barbelés déchire des familles hongroises»

Chose suffisamment rare à la frontière Serbo-Hongroise pour être soulignée, deux traducteurs de langue arabe servent d’intermédiaires entre les organisateurs du site et les réfugiés qui arrivent ici chaque jour par bus, taxi ou à pieds. Jasmina et son frère sont Serbes et Libanais. Ils ont quitté le Liban pour s’installer en Serbie, le pays de leur père, à la fin des années 90. Leur démarche s’est rapidement imposée à eux confient-ils : « Ces gens-là fuient la guerre. Nous aussi on a vécu ça, désormais on a la chance de pouvoir vivre dans un pays en paix, alors si on peut les aider ne serait-ce qu’une journée, on le fait », raconte l’étudiante en arabe littéraire.

A gauche de l’allée principale, les femmes et les familles avec enfants sont réparties, les hommes seuls sont eux installés de l’autre côté du camp. Ali* est arrivé il y a quatre jours déjà et semble perdu. Son oncle et son frère, qui ont fait le voyage avant lui et qui se trouvent désormais en Hollande, l’ont mis en garde contre la police Hongroise via l’application Whatsapp : « J’ai peur que l’on me jette en prison. La barrière ne pose pas de problème, on sait comment la contourner, mais c’est juste que je ne sais pas ce qu’il se passera une fois que je serai passé de l’autre côté ».

Ce syrien, professeur des collèges de 27 ans a laissé sa femme et sa petite fille de 6 mois à Damas. Bientôt il devra prendre une décision. Pour autant, la barrière construite à la frontière ne semble pas l’effrayer : « Les grillages, on peut les contourner mais la police, la prison, c’est ça que je redoute le plus... ». 

*Le prénom a été changé