Wahaha-Danone, la guerre du yaourt à la mode chinoise

AFFAIRES Les anciens partenaires se font la guerre...

A Shanghai, Caroline Dijkhuis

— 

On pensait que le dossier Danone en Chine allait se tasser. Mais le partenaire chinois du groupe alimentaire, qui dirigeait les co-entreprises Wahaha jusqu’à sa démission le 9 juin dernier, le truculent Zong Qinghou, riposte à nouveau cette semaine. Il a annoncé que Wahaha envisageait de traîner Danone devant la justice chinoise, et lui réclamer jusqu’à 5 milliards d’euros.

C’est le énième rebondissement d’un feuilleton de plusieurs mois qui a vu se déchirer deux partenaires d’une co-entreprise florissante, longtemps montrée en modèle en Chine. Danone et Wahaha sont partenaires depuis onze ans dans 39 coentreprises, détenues à majorité (51%) par le Français.

Wahaha a aussi de son côté créé vingt sociétés indépendantes qui commercialisent des produits similaires à ceux distribués en commun ; en découvrant cela il y a un peu plus d’un an, Danone dénonce alors une « violation de leur accord » et propose d’intégrer ces entités à leur co-entreprise…

Mais Zong Qinghou, président-fondateur de Wahaha, refuse en prétextant que le prix offert (400 millions d’euros) est trop faible. Résultat, Danone entame des actions en justice aux Etats-Unis contre deux maisons mères de Wahaha. Dans la foulée, Zong Qinghou démissionne de son poste de président de la joint-venture (JV).

Nouveau coup de bluff ?
Trois semaines plus tard, l’ancien vendeur de glaces devenu millionnaire (et également député) essaie de retourner la situation. Il affirme que Danone a violé « la loi sur les sociétés » chinoise. Mais s’il réclame un montant faramineux de dommages (jusque 5 milliards d’euros, quand Danone demande 800 millions de son côté), Zong Qinghou reste flou à la fois sur les preuves de cette violation ainsi que sur la date des poursuites en justice.

Ce qui pousse les observateurs à s’interroger si ce ne serait pas juste une de ces déclarations fracassantes dont il est habitué… comme ce coup médiatique qui avait marqué le début des hostilités, lorsque Zong Qinghou en avait appelé à Pékin pour le protéger des rachats proposés par Danone, au nom « nationalisme économique ».

La fin des JV
Le gouvernement chinois semble pour l’instant rester neutre, et espérer un règlement à l’amiable. Les deux partenaires ont longtemps montré une logique de gagnant-gagnant pas toujours évidente à établir en Chine… Danone a permis à Wahaha de devenir l’une des marques les plus connues de Chine, en lui apportant des liquidités, mais aussi un savoir-faire étranger. Les ventes de leurs joint-ventures pour 2007 devraient s’élever à 2,5 milliards d’euros. De son côté, ces ventes représentaient l’an dernier 3% des bénéfices nets consolidés de Danone.

Ce divorce entre les anciens partenaires est brutal et rappelle d’autres épisodes malheureux… qu’ont dû régler Peugeot ou Alstom par exemple avec leurs propres partenaires. Tout cela laisse à penser que ces formules de co-entreprises, longtemps obligatoires pour pénétrer le marché chinois, mais qui ne sont plus une condition sine qua non dans de plus en plus de domaines, vont être fortement délaissées.