Les Libanais sont descendus en masse dans la rue ce samedi 28 août pour dénoncer le laxisme du gouvernement.
Les Libanais sont descendus en masse dans la rue ce samedi 28 août pour dénoncer le laxisme du gouvernement. — Hassan Ammar/AP/SIPA

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VIDEO. Crise des ordures au Liban: La rue se dresse contre la classe politique

Les Libanais avaient organisé une manifestation monstre samedi et ont, depuis, donné jusqu'à mardi au gouvernement pour trouver une issue à la crise des ordures...

La pression s’est accrue, ce dimanche, sur le gouvernement libanais au lendemain de la plus grande manifestation jamais organisée par les Libanais. « Votre heure a sonné », ont prévenu les organisateurs de la campagne citoyenne « Vous puez » à l’adresse des dirigeants politiques, promettant une « escalade » si leurs revendications n’étaient pas entendues.

De fait, organisateurs et manifestants ont lancé un ultimatum au gouvernement, lui donnant jusqu’à mardi pour trouver une issue à la crise des ordures qui paralyse le pays depuis de longues semaines qui s’est transformée en crise des « ordures politiques ».

« Que tombe le pouvoir des corrompus »

Après une semaine de mobilisation importante, ce sont ainsi plusieurs dizaines de milliers de personnes qui ont manifesté dans le centre de Beyrouth samedi, pour dénoncer les affaires de corruption et le manque de services de base comme l’électricité et l’eau. « Le citoyen d’abord », « Que tombe le pouvoir des corrompus », « On en a marre ». Les slogans affichés résumaient l’exaspération des Libanais envers l’attentisme du pouvoir en place* et qui estiment qu’aucune véritable réforme n’a été entreprise depuis la fin de la guerre civile en 1990.

Le journal An-Nahar a noté, dimanche, que la rue s’était ainsi « libérée » des divisions entre les deux blocs politiques rivaux. L’un est mené par le puissant Hezbollah chiite appuyé par la Syrie et l’Iran, et l’autre par l’ex-Premier ministre sunnite, Saad Hariri, soutenu par Les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite. Ces deux camps, réunis depuis 18 mois dans un « gouvernement d’entente », sont enfermés dans un dialogue de sourds qui empêche les prises de décision.

Entre nouvelles législatives et démission du ministre de l’Environnement

A noter qu’en plus du règlement de la question du traitement des déchets, les protestataires réclament l’organisation de nouvelles législatives alors que le Parlement a prolongé à deux reprises son propre mandat depuis les élections en 2009, la démission du ministre de l’Environnement Mohammad Machnouk et le jugement des responsables des violences lors des manifestations du week-end précédent.

Si le gouvernement n’avait toujours pas réagi à l’ultimatum et à ces demandes ce lundi, le président du Parlement Nabih Berri a, de son côté, affirmé lors d’un rassemblement de son mouvement chiite Amal que ces demandes ne pourraient être satisfaites que si l’actuel cabinet restait en place.

*Le système libanais est construit sur un partage du pouvoir fondé sur des quotas communautaires. Depuis l’indépendance en 1943, il garantit une parité inédite dans la région entre musulmans et chrétiens. Il est toutefois accusé de tous les maux : corruption, gaspillage, clientélisme, guerre civile destructrice (1975-1990) et crises à répétition.