Crise des migrants: «A Budapest, si la situation ne change pas, on va vivre des drames humains»

REPORTAGE Venus de Syrie, d’Irak et d’Afghanistan, des centaines de migrants patientent, dans des conditions extrêmement précaires, à la gare de Keleti dans l’espoir de rejoindre l’Allemagne…

Hélène Sergent

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A l'entrée de la gare de Keleti, qui dessert les trains en partance pour l'Allemagne, des centaines de réfugiés attendent de pouvoir quitter la Hongrie. Lancer le diaporama
A l'entrée de la gare de Keleti, qui dessert les trains en partance pour l'Allemagne, des centaines de réfugiés attendent de pouvoir quitter la Hongrie. — Hélène Sergent

De notre envoyée spéciale à Budapest (Hongrie)

Les yeux sont cernés, les chaussures élimées et les regards inquiets. Sur l’impressionnant parvis de la gare de Keleti à Budapest, Syriens, Afghans et Irakiens -l’immense majorité des réfugiés présents en Hongrie-, tentent tant bien que mal de chercher un coin d’ombre. Depuis trois jours, le thermomètre frôle les quarante degrés dans la capitale Hongroise, aggravant de fait, des conditions de vie déjà particulièrement précaires pour les migrants.

Ahmd, électricien de 21 ans, originaire d’Alep (Syrie) est arrivé il y a quatre jours accompagné de sa femme, de sa nièce et de son neveu tous deux âgés de 11 et 13 ans : « Après être restés enfermés trois jours dans un camp au sud du pays, sans eau, sans nourriture, nous sommes arrivés ici en train. Maintenant, on voudrait se rendre en Allemagne, mais la police nous interdit de monter dans les wagons ». Sa famille aurait déboursé l’équivalent de 12.000 euros pour financer un voyage qui a déjà duré trois mois de la Syrie en passant par la Turquie, la Grèce, la Macédoine, la Serbie puis la Hongrie. Dernière étape sur la route des Balkans, Budapest peine à gérer la situation humanitaire.

Ahmed, syrien de 21 ans, entouré de sa nièce, de sa femme et de son neveu, espère pouvoir rejoindre l’Allemagne dans les prochains jours. - Hélène Sergent

 

Résistance politique

Pour faire face au dénuement des nombreuses familles, et notamment des nourrissons et des jeunes enfants, la solidarité civile s’organise peu à peu. Depuis plusieurs semaines, une page Facebook intitulée « Migration Aid » tente de coordonner les dons de nourritures, de vêtements, de bouteilles d’eau pour les redistribuer dans les zones de transit que constituent les gares de Keleti, Nyugati et Deli.

Parmi ces bénévoles, Zoltan Balint, travailleur social auprès des SDF de la capitale, profite de son temps libre pour venir aider : « Pour moi c’est une forme de résistance contre ce gouvernement politique. J’aimerai que mon pays soit davantage animé par des valeurs humanistes ». Si la chaleur rend la situation sanitaire dangereuse, Zoltan redoute les premières nuits froides de septembre : « Si tous ces enfants continuent de dormir dans la rue, on risque d’assister à de véritables drames humains, juste sous nos yeux ».

Un nouveau lieu de transit ?

Pour désengorger les trois gares et la place Jean-Paul II, la municipalité, passée à droite en 2010, a annoncé mercredi 26 août l’ouverture d’une nouvelle zone de transit, à quelques mètres de la Keleti, censée pouvoir accueillir dignement les quelque 1.000 réfugiés qui se trouveraient à Budapest. Le site qui longe la voie de chemin de fer, installé à l’orée des populaires 7e et 8e arrondissements, est toujours en friche et l’ouverture devrait avoir lieu dans deux semaines. D’ici là, Ahmd espère avoir déjà rejoint l’Allemagne.