Le prince Albert demande pardon pour l'arrestation de juifs à Monaco

HISTOIRE Soixante-six personnes avaient été arrêtées dans la nuit du 27 au 28 août 1942...

Florence Floux

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Le Prince Albert II de Monaco, le 2 juillet 2014 à Santiago du Chili
Le Prince Albert II de Monaco, le 2 juillet 2014 à Santiago du Chili — Claudio Reyes AFP

Le prince Albert a demandé pardon ce jeudi lors d’une cérémonie mémorielle pour l’inauguration d’une stèle commémorative des arrestations de juifs à Monaco dans la nuit du 27 au 28 août 1942, il y a 63 ans.

« Une stèle commémorative, en souvenir de chacune de ces personnes, a été dévoilée le jeudi 27 août 2015, au cimetière de Monaco, en présence de S.A.S. le Prince et des autorités monégasques, civiles et religieuses », a indiqué le palais princier dans un communiqué. La cérémonie s’est déroulée en présence des représentants diplomatiques des pays dont étaient originaires les juifs déportés ainsi que certains de leurs descendants ou ayants-droit.

« Cette date a été choisie pour rappeler les arrestations opérées à Monaco dans la nuit du 27 au 28 août 1942 », précise le Palais.

Louis II était absent

Ce jour-là, une rafle a lieu en l’absence du prince souverain Louis II et du ministre d’Etat (chef du gouvernement monégasque) Emile Roblot, en vacances en France et non informés, un évènement détaillé en février dans un rapport d’experts revenant sur les arrestations de juifs en 1942 et 1944 à Monaco.

Vichy obtient d’un haut fonctionnaire français faisant l’intérim la permission d’aller arrêter le 27 août 1942 des juifs réfugiés dans des hôtels à Monaco. Une rafle massive de juifs étrangers s’était en effet déroulée la veille en zone non occupée, notamment à Nice.

Soixante-six personnes seront arrêtées. Parmi elles, 45 seront déportées (Polonais, Allemands, Tchèques, Autrichiens, Belges, Lituanien). Cinq survivront.

Lors d’une deuxième rafle, 31 personnes sont arrêtées par la Gestapo en 1944 (Français, Allemands, Polonais, Roumains, Autrichiens, Turcs, Argentins, Russe) dont 9 résidents monégasques. Deux déportés survivront.

Une démarche initiée par le prince Rainier

La principauté dénombre 76 juifs arrêtés sur son sol puis déportés en 1942 et 1944, mais elle a résisté à la plupart des injonctions antisémites dictées par le régime de Vichy et l’Allemagne nazie, selon le rapport.

La cérémonie « fut l’occasion pour le Prince Albert II de demander pardon pour l’intervention de la police monégasque pendant la rafle du 27 août 1942, faite en l’absence du Prince Louis II et du Ministre d’Etat », a indiqué dans un communiqué le grand rabbin de France Haïm Korsia, qui était présent.

« Le Grand Rabbin de France rend hommage aux paroles fortes et courageuses du Prince qui accompagnent des gestes de réparation pour les familles des victimes de cette tragédie », ajoute-t-il.

« Le Prince Souverain a prononcé un discours pour exprimer Sa position sur ces évènements douloureux et le témoignage qu’il faut en porter », a simplement indiqué le palais princier, soulignant que « cette prise de parole marquera l’aboutissement d’une démarche initiée par le Prince Rainier III en 1993 ».