Boko Haram: 500 jours après qu'elles ont été enlevées, les lycéennes de Chibok sont toujours introuvables

NIGERIA La secte islamiste, bien qu’affaiblie, est loin d’être vaincue…

Victor Point

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De nombreuses manifestations ont eu lieu pour réclamer le retour des lycéennes de Chibok, comme ici à Abuja, la capitale nigériane, le 8 juillet 2015.
De nombreuses manifestations ont eu lieu pour réclamer le retour des lycéennes de Chibok, comme ici à Abuja, la capitale nigériane, le 8 juillet 2015. — Olamikan Gbemiga/AP/SIPA

« Bring back our girls » : ce slogan s’est répandu comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux, a été repris par des foules dans le monde entier, brandi par des célébrités comme Michelle Obama… Mais le slogan s'est avéré aussi populaire qu’inefficace. Cinq cents jours après l’enlèvement des 276 lycéennes de Chibok – dont une cinquantaine est parvenue à rapidement s’enfuir – par Boko Haram, ou « l’Etat islamique (EI)-wilaya d’Afrique de l’Ouest », leur nouvelle appellation officielle depuis leur allégeance à l’EI en mars 2015, les recherches ont toutes fait chou blanc.

Mais que pouvait un slogan face à la menace que représente cette secte islamiste implantée dans le nord-est du Nigeria ? La réponse est cruelle : il n’a fait que servir ses intérêts à elle. « La guerre se gagne aussi par les médias », rappelle Philippe Hugon, directeur de recherche à l’IRIS, en charge de l’Afrique. Le succès mondial de la campagne avait en effet offert une publicité d’ampleur inespérée à Boko Haram. Son rapprochement avec le très médiatique Daesh se comprend d’ailleurs dans ce sens.

Des élections pleines d’espoir

Ainsi, les enlèvements ont continué, comme le montre la carte ci-dessous, qui les recense jusqu’en avril 2015 : au moins 2.000 femmes et fillettes sont tombées entre les mains de la secte. Certaines ont été secourues, mais restent profondément marquées par cette captivité. Les autres ont été mariées de force, vendues, violées, enrôlées… et dispersées, ce qui rend la libération des lycéennes de Chibok d’autant plus hypothétique. Rappelons que cette guerre a fait plus de 15.000 morts et 1,5 million de déplacés depuis 2009.

Pourtant, Boko Haram perd du terrain. Depuis janvier 2015, un début de coalition régionale regroupant le Nigeria, le Cameroun, le Niger et le Tchad, menée par ce dernier, a remporté quelques batailles, affaiblissant un califat autoproclamé qui n’était que théorique. Surtout, l’élection de Muhammadu Buhari, à la tête du Nigeria depuis mai 2015, a changé la donne, selon Marc-Antoine Pérouse de Montclos, professeur à l’Institut français de géopolitique (Paris 8) et spécialiste du pays. « Son arrivée aux affaires correspond à un changement profond dans les rapports entre le pouvoir fédéral et les populations du Borno, région où sévit la secte. Naguère méprisées par son prédécesseur, celles-ci font aujourd’hui partie de son électorat », a déclaré le chercheur lors d’une interview le 17 juillet à l’Institut de recherche pour le développement.

Des actes terroristes quotidiens

En effet, le Nigeria, le pays le plus peuplé et au PIB le plus important d’Afrique, est généralement présenté comme divisé entre un nord musulman, pauvre, délaissé et réprimé par l’Etat et un sud côtier chrétien, riche et aux énormes ressources pétrolières. Muhammadu Buhari, un musulman intègre, ancien membre de la junte militaire qui a dirigé le pays de 1983 à 1985, est déterminé à annihiler Boko Haram. La coalition régionale devrait d’ailleurs, sous son impulsion, prendre un tournant davantage officiel et efficace.

Mais la « capacité de nuisance de la secte reste très importante, nuance Philippe Hugon. Dépassée sur le terrain de la guerre conventionnelle, elle a adapté sa façon de lutter : cellules dormantes, attaques suicides… » Les actes terroristes sont presque quotidiens et d’une rare cruauté. De jeunes adolescents et adolescentes sont poussés à se faire sauter au milieu de civils. « Ils ont abandonné des positions territoriales claires et se sont infiltrés, diffusés dans les villes, détaille le chercheur. Ils sont encore plusieurs milliers. »

La coalition internationale suffira-t-elle à lui barrer la route définitivement ? Rien n’est moins sûr, explique Marc-Antoine Pérouse de Montclos : « Boko Haram est une secte qui agit surtout par représailles. Elle s’est radicalisée à mesure que la réponse des autorités se militarisait. » Et a internationalisé ses actions à partir du moment où s’est internationalisée la guerre contre elle. « Une guerre asymétrique, contre un ennemi invisible comme Boko Haram, mêlé à la population, se gagne par les cœurs et les esprits », insiste le professeur.