«Même s'il était très critiqué, Blair est resté très populaire, jusqu'à la fin»

ENTRETIEN La passation de pouvoir au 10 Downing Street vue par Michael Bruter, politologue à la London School of Economics...

Propos recueillis par Eric Albert, à Londres

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Le rideau est finalement tombé mercredi pour Tony Blair qui, après avoir été le Premier ministre britannique pendant dix ans, devait passer la main dans l'après-midi à son ministre des Finances Gordon Brown.
Le rideau est finalement tombé mercredi pour Tony Blair qui, après avoir été le Premier ministre britannique pendant dix ans, devait passer la main dans l'après-midi à son ministre des Finances Gordon Brown. — Paul Ellis AFP/Archives
Michael Bruter est politologue à la London School of Economics.

Politiquement, la succession entre Tony Blair et Gordon Brown s’est bien passée…
Gordon Brown arrive en effet dans de bonnes conditions, parce que Blair a tout fait pour cela. Il a notamment gardé profil bas lors du sommet européen, pour éviter d’accepter un accord qui empoisonnerait la vie de Gordon Brown. De plus, un député conservateur vient de passer chez les travailliste. Il y a un décalage entre ce que disent les journalistes britanniques, qui parlent d’un leader fini, et ce que disent les gens : dans l’opinion, Tony Blair reste apprécié et les sondages continuent à dire qu’il est honnête, par exemple. Gordon Brown n’hérite pas d’une terre brûlée. Il n’en reste pas moins qu’il sera difficile de succéder à Tony Blair. Même s’il était très critiqué, il est resté très populaire, jusqu’à la fin. Pour Gordon Brown, il ne va pas être facile de trouver ses marques.

Quel Premier ministre sera Gordon Brown ?
Sur le fond, il n’y aura pas beaucoup de changements. Il est difficile de changer ce qui gagne. Or, Tony Blair a remporté trois élections de suite. Mais sur le style, Gordon Brown dit qu’il sera moins médiatique. Ça l’arrange bien d’ailleurs, parce que ce n’est pas quelque chose qu’il apprécie particulièrement. Gordon Brown a aussi été très impressionné par l’ouverture pratiquée par Nicolas Sarkozy. Il devrait donc essayer de casser des barrières, en invitant dans le gouvernement des personnalités hors du camp travailliste.

Les prochaines élections générales sont en principe prévues pour 2009. Des élections anticipées sont-elles envisageables ?
Gordon Brown va surveiller les sondages comme le lait sur le feu. Les gens le connaissent finalement mal, mais s’il leur plaît, il peut décoller. Dans le même temps, les conservateurs risquent de perdre des plumes. Dans ces conditions, une élection avancée n’est pas impossible. Dans l’affrontement entre David Cameron (leader des conservateurs, Ndlr) et Gordon Brown, le premier est cependant plus brillant. Les gens disent qu’ils en ont marre de la communication permanente, mais si Gordon Brown communique moins, il risque d’apparaître coupé des réalités. Inversement, David Cameron risque d’être accusé de passer pour une girouette. Il va être attaqué sur son double langage.

Quid de l’avenir de Tony Blair ? Peut-il trouver un autre poste de dimension internationale ?

Blair est encore très jeune et il a une vraie intelligence. Il est question qu’il soit nommé envoyé spécial du Quartet au Proche-Orient. Les gens l’attaquent sur son bilan en Irak. Mais il a réussi l’impossible en Irlande du Nord. De plus, il a la crédibilité d’être une personnalité de premier plan, et le Premier ministre israélien et Abbas (président palestinien, Ndlr) ont donné leur feu vert. Ce sont les deux soutiens qui comptent vraiment.