Tout savoir sur Tony Blair, son départ et son successeur

GRANDE-BRETAGNE Notre questions-réponses pour comprendre les enjeux d'un départ historique...

Alexandre Sulzer

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Le rideau est finalement tombé mercredi pour Tony Blair qui, après avoir été le Premier ministre britannique pendant dix ans, devait passer la main dans l'après-midi à son ministre des Finances Gordon Brown.
Le rideau est finalement tombé mercredi pour Tony Blair qui, après avoir été le Premier ministre britannique pendant dix ans, devait passer la main dans l'après-midi à son ministre des Finances Gordon Brown. — Adrian Dennis AFP

Après 10 ans au pouvoir et trois élections gagnées, Tony Blair a quitté le pouvoir mercredi et cédé la place à son ministre des Finances, Gordon Brown. Notre questions-réponses pour comprendre les enjeux d'un départ historique.

Pourquoi Tony Blair quitte-t-il le pouvoir à mi-mandat?

Le 1er octobre 2004, Tony Blair annonçait qu'il n'envisageait pas de briguer un quatrième mandat mais souhaitait terminer le troisième. Son rival au sein de son parti travailliste, Gordon Brown, et ses proches, ne l'ont pas laissé faire. Profitant de l'usure du pouvoir et de sa popularité vacillante, ils ont mis la pression jusqu'à ce que le Premier ministre annonce, le 10 mai 2007, qu'il quittera Downing Street en juin.

Que va-t-il faire maintenant?

Tony Blair est pressenti au poste d'émissaire du Quartette (Etats-Unis, Union européenne, Russie, Nations unies) pour le Proche-Orient. Des discussions mardi à Jérusalem sur cette nomination n'ont pu aboutir mais l'ancien Premier ministre est prêt à assumer cette nouvelle fonction.

Gordon Brown, qui remplace Tony Blair, sera-t-il différent?

Le nouveau Premier ministre est proche idéologiquement de Tony Blair avec qui il a refondé le parti travailliste au début des années 90 pour créer la fameuse «troisième voie». Les analystes n'attendent donc pas d'inflexion majeure de la politique britannique. Les priorités annoncées par Gordon Brown sont la santé, l'éducation, le logement ainsi que des réformes attribuant plus de pouvoir au Parlement. La rupture est davantage attendue sur la forme alors que ce fils de pasteur écossais est connu pour son austérité. Rien à voir avec le style très «people» de Tony Blair.

Tony Blair quitte-t-il le pouvoir, populaire?


Non, sa côte de popularité est très basse. Tony Blair souffre de l'usure du pouvoir alors que ses adversaires conservateurs, dirigés par David Cameron, ont refait peau neuve et recentré leurs positions, comme le Labor l'avait fait il y a plusieurs années. Les «Tories» sont donc annoncés victorieux aux élections législatives de 2009.

Que restera-t-il à l'actif de Tony Blair?

Pragmatique, Tony Blair peut se féliciter d'un incontestable succès économique. Le produit intérieur brut du Royaume-Uni a progressé de 2,8% par an en moyenne depuis 1997, contre 2,2% en France et 1,5% en Allemagne. Le taux de chômage, lui, est tombé à 5,4%, contre 8,8% dans l'Hexagone. Il exclut toutefois deux millions de personnes déclarées inaptes au travail et indemnisées, considérées pour beaucoup comme des chômeurs déguisés. Autre bon point, la maîtrise de l'inflation, de la livre et des taux d'intérêt, dont la clef a été, de l'avis général, l'indépendance donnée à la Banque d'Angleterre en 1997.
Sur le plan social, le principal chantier du New Labour reste l'instauration d'un salaire minimum en 1999, malgré l'opposition du patronat. Par ailleurs, 2,7 millions d'emplois nets ont été créés en dix ans, dont la moitié toutefois dans la fonction publique.
La période a aussi été marquée par de gros investissements dans les transports, l'éducation et la santé, après la réduction draconienne des dépenses sous les gouvernements conservateurs. Le budget de l'éducation a ainsi doublé depuis 1997, celui de la santé a quasi-triplé.

Autres réalisations, politiques celles-là: Tony Blair a assuré le rapprochement entre catholiques et protestants en Irlande du Nord en permettant la signature de l'accord de paix du Vendredi saint le 10 avril 1998. Il a enfin accéléré la décentralisation du Royaume-Uni en créant des assemblées autonomes au Pays de Galles et en Ecosse.

Que restera-t-il au passif de Tony Blair?

Sa principale erreur, qui a précipité vers le bas sa côté de popularité, a été son suivisme dans la guerre en Irak. Aligné sur les positions de la Maison Blanche, Tony Blair a menti sur les armes de destruction massive et poussé les troupes de son pays sur un terrain de guerre impopulaire.
Sur le plan socio-économique, les années Blair ont vu un accroissement des inégalités sociales. Selon le New Policy Institute, «les trois-quarts de la richesse créée depuis une décennie sont revenus aux foyers les plus aisés». 1,3 million de personnes ont perdu leur emploi dans l'industrie, surtout dans les vieilles régions ouvrières du centre et du nord, au profit d'une économie de services, notamment financiers.
Enfin, le marché immobilier a explosé, le prix moyen d'un logement standard ayant presque triplé. Les ménages, eux, se sont endettés, à près de 2.000 milliards d'euros. Selon le cabinet Ernst & Young, «les particuliers, comme l'Etat, ont énormément emprunté pour soutenir la croissance. La Grande-Bretagne vit au-dessus de ses moyens».