Migrants en Macédoine: «L'Europe doit prendre ses responsabilités»

IMMIGRATION François Hollande et Angela Merkel ont prôné ce lundi l’instauration rapide d’une politique d’asile européenne unifiée…

Anissa Boumediene

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Près de Gevgelija, les policiers macédoniens ont laissé plus de 1.500 migrants venus de Grèce, principalement des Syriens, entrer en Macédoine, le 24 août 2015.
Près de Gevgelija, les policiers macédoniens ont laissé plus de 1.500 migrants venus de Grèce, principalement des Syriens, entrer en Macédoine, le 24 août 2015. — R.ATANASOVSKI / AFP

La route des Balkans est devenue la nouvelle voie d’accès des migrants en Europe. Venus de Grèce, ils traversent la Macédoine en vue de rejoindre la Hongrie, porte d’entrée de l’Union européenne (UE). François Hollande et la chancelière allemande Angela Merkel ont réclamé lundi à Berlin une réponse « unifiée » de l’Europe face à la crise des migrants, lors d’une déclaration commune.

Macédoine, Grèce et Italie en première ligne

Depuis le début de l’année, 160.000 migrants ont débarqué sur le sol grec. Parmi eux, plus de 42.000 personnes, principalement des Syriens, ont traversé la Macédoine, qui ne sait pas comment gérer cet afflux massif. « La Macédoine est hors de l’UE, qui a donc peu de pouvoir coercitif sur ce pays », explique François Gemenne, spécialiste des flux migratoires. Et « si les migrants quittent la Grèce, membre de l’UE, pour la Macédoine, c’est parce que le système d’asile est défaillant en Grèce », poursuit Jean-François Dubost, responsable du Programme personnes déracinées au sein d’Amnesty International France.

Aujourd’hui, face aux arrivées massives de migrants, Macédoine, Grèce et Italie se retrouvent en première ligne. « De fait, l’UE fait peser la charge des migrants sur ces pays d’Europe du sud. Il n’y a aucune vraie coopération entre les Etats membres, ni de politique d’asile commune en Europe », déplorent de concert Jean-François Dubost et François Gemenne.

La responsabilité de l’Europe

Pourtant, jamais depuis la Seconde Guerre mondiale il n’y a eu autant de personnes contraintes à l’exode. A propos de cette « situation exceptionnelle qui va durer », François Hollande a déclaré ce lundi que « nous devons mettre en œuvre un système unifié de droit d’asile ». La chancelière allemande a renchéri en appelant tous les pays européens à le mettre en application « le plus rapidement possible ».

« Il doit y voir une harmonisation des critères d’asile », préconise François Gemenne. Pour l’heure, le système est injuste tant pour les pays d’Europe du sud que pour les migrants eux-mêmes. Et si certains Etats membres se relèvent les manches et mettent la main au porte-monnaie, « beaucoup se défaussent, dont la France, mais l’Europe doit prendre ses responsabilités », tranche le spécialiste des flux migratoires.

« Au Liban, une personne sur quatre est réfugiée. L’UE, elle, compte 28 Etats membres pour environ 500 millions d’habitants et une puissance économique de premier plan. On peut considérer que nous Européens avons les moyens financiers, territoriaux et logistiques de les accueillir », estime Jean-François Dubost. « D’autant que sur un plan strictement juridique, la majorité des migrants fuient des conflits armés, l’UE a une obligation légale, dictée par la Convention de Genève de 1951, et morale de les accueillir », abonde François Gemenne.

Des voies d’accès légales et sécurisées

« Aujourd’hui nous faisons face à une crise non pas des migrants, mais de la solidarité européenne. Nombre d’Etats membres voient dans une politique commune d’asile une atteinte à leur souveraineté : l’UE doit avoir du mal à se regarder dans la glace », tacle-t-il.

« Il est essentiel que l’aide adressée par l’Europe à la Macédoine ne soit pas destinée qu’au contrôle des frontières et au financement d’une politique dissuasive. La Macédoine doit développer ses capacités d’accueil des migrants, sinon, cela ne fera que décaler le problème, notamment vers la Grèce, voire l’aggraver », prédit Jean-François Dubost, qui appelle à « l’instauration de voies d’accueil légales et sécurisées ». « Il faut tuer le business des passeurs. Les migrants doivent arriver par avion et non par bateau au péril de leur vie », acquiesce François Gemenne.

« Il y a un effort de pédagogie à faire pour réduire l’écart entre la perception alarmiste répandue à l’égard de l’afflux de migrants et la réalité », indique-t-il. « C’est une bonne chose pour l’UE : les migrants sont des contributeurs nets à l’économie, à la démographie et au dynamisme social de l’Europe. Sans cela, elle deviendra un continent musée ».

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