Présidentielle américaine: Deez Nuts, le candidat inéligible qui amuse les Américains

PORTRAIT Agé de 15 ans, Deez Nuts fait parler de lui, atteignant entre 7 et 9 % des intentions de vote dans trois Etats…

Bérénice Dubuc

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Illustration: Un drapeau flotte au-dessus de la Maison Blanche, à Washington, le 6 juin 2015.
Illustration: Un drapeau flotte au-dessus de la Maison Blanche, à Washington, le 6 juin 2015. — SIPANY/SIPA

Décidément, les sondages électoraux de ce début de campagne présidentielle américaine réservent des surprises. La semaine dernière, ils annonçaient qu’Hillary Clinton était devancée dans le New Hampshire - un Etat-clé - par son lointain challenger, Bernie Sanders. Mercredi, les derniers chiffres ont indiqué à la surprise générale qu’un indépendant était à 9 % des intentions de vote en Caroline du Nord - juste derrière Donald Trump et Hillary Clinton -, 8 % dans le Minnesota et 7 % en Iowa.

Ce candidat, qui n’est même pas enregistré sous son véritable nom, a réussi la prouesse de se faire une place dans les médias parmi les candidats des deux partis indéboulonnables. Selon les experts politiques, il est le candidat indépendant à la présidentielle qui a le plus de succès depuis Ross Perot en 1996.

Si ce sont les candidats républicains et démocrates qui font la une aux Etats-Unis, de nombreux candidats se présentent tous les quatre ans. Cette fois-ci, près de 600 candidats - dont un chat du Kentucky, Limberbutt McCubbins, l’Empereur César, le chien Bailey D Dog, ou Buddy l’Elfe - se sont déjà déclarés.

A quoi celui-ci doit-il sa notoriété ? Peut-être au pseudo sous lequel il s’est officiellement enregistré auprès de la commission fédérale électorale le 26 juillet dernier : « Deez Nuts ». Oui oui, comme le meme de WelvenDaGreat, qui a fait parler de lui au printemps dernier Outre-Atlantique en remettant au goût du jour cette blague douteuse. En effet, dès l’annonce par la station de radio ABC 11, Twitter s’est emballé, le message ayant été retweeté 9.000 fois et mis en favoris 4.400 fois en 24h.

Cependant, le candidat en question n’a rien à voir avec WelvenDaGreat, bien qu’il ait effectivement choisi son psdeudo en fonction du meme, comme il l’a expliqué à Rolling Stone. « Deez Nuts » est en fait un adolescent de 15 ans en deuxième année de lycée, qui vit chez ses parents, à Wallingford, dans l’Iowa, une petite bourgade de 197 habitants. Son père, Mark C. Olson, a d’ailleurs confirmé sur Twitter que Deez Nuts était bien son fils, Brady. Ce dernier a indiqué au magazine que ses parents étaient informés de sa candidature, et qu’ils lui avaient « donné le feu vert ».

Interrogé sur ses motivations pour se présenter, le jeune homme - qui se dit plus proche du parti Libertarien que des démocrates ou des républicains - a expliqué qu’il ne voulait « vraiment pas voir Clinton, Bush, ou Trump à la Maison Blanche » et avait donc décidé d’« entamer un combat ». Il ajoute : « Si je peux remplir - partiellement - un formulaire si vague qu’il ne demande pas mon âge, et qu’il soit accepté, cela signifie que n’importe qui peut se présenter. »

« Deez Nuts serait mieux que n’importe lequel de ces gens »

Il a précisé au Guardian britannique qu’il s’agissait au début à la fois d’une blague et d’un véritable engagement politique. « Et ensuite j’ai vu la mélasse que proposait le parti républicain, le one-woman show du côté démocrate, et l’absence de n’importe quel autre candidat d’un troisième parti. Et j’ai pensé : "Deez Nuts serait mieux que n’importe lequel de ces gens." Et je me suis lancé. »

Le candidat - dont le programme n’est pour l’heure pas très fourni, mais qui entend « aller aussi loin que l’Amérique le voudra » - estime que les électeurs devraient voter pour lui plutôt que pour Donald Trump car il est « jeune » et « pense avoir des idées plus novatrices ». Selon lui, les décisions qu’il prendra « auront des effets sur [lui] pendant plus longtemps ». S’il devait soutenir un autre candidat, il pencherait pour Bernie Sanders ou le libertarien Gary Johnson.

Mais Deez Nuts compte bien pour l’heure continuer sa campagne, et a d’ailleurs déjà des soutiens dans le show-business, grâce au groupe de punk/hardcore qui porte le même nom que lui, selon sa page Facebook pour la campagne. « Pour le moment, les gens ne font que reconnaître mon nom, mais j’espère qu’au fur et à mesure, ils vont vraiment prendre le temps de lire mon site de campagne et mon programme. » Cela pourrait l’aider s’il souhaite se présenter en 2036, quand il sera éligible.