Brésil: Dilma Rousseff peut-elle quitter le pouvoir ?

POLITIQUE Visée par un scandale de corruption et créditée de 8 % d’opinions favorables, Dilma Rousseff pourrait être visée par un processus de destitution. Un scénario possible mais peu crédible…

Hélène Sergent

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La présidente du Brésil, Dilma Rousseff, le 17 juillet 2015 à Brasilia
La présidente du Brésil, Dilma Rousseff, le 17 juillet 2015 à Brasilia — EVARISTO SA AFP

Avec 20 % d’opinions favorables comptabilisées au mois d’août, François Hollande aurait presque de quoi se vanter face à Dilma Rousseff. Réélue de justesse à 51,6 % des voix en octobre dernier, la présidente brésilienne était créditée au début de l’été de 8 % d’opinions favorables, devenant ainsi la dirigeante la plus impopulaire du pays depuis la chute de la dictature militaire en 1985. Face à ce désaveu massif et face au scandale Petrobras qui éclabousse une partie de la classe politique, et notamment le Parti des Travailleurs (PT), l’ancienne Présidente du conseil d’administration du géant pétrolier est visée par deux procédures susceptibles de la pousser vers la sortie.

La destitution ou « l’impeachment »

Depuis des mois, une partie de la population, emmenée par les partis d’opposition, réclament la destitution de la Présidente. Une procédure qui pourrait aboutir si le Tribunal des comptes de l’Union (TCU) juge que la loi a été enfreinte par le gouvernement, accusé d’avoir réglé des dépenses de l’Etat par le biais de certaines banques publiques.

Pour Hervé Théry, professeur à l’université de São Paulo, ce scénario reste peu crédible : « Il existe des possibilités institutionnelles pour destituer Dilma Rousseff mais il y a peu de chance pour qu’elles aboutissent ». Une analyse que ne partage pas Cristina Terra, professeur d’économie à l’université de Cergy-Pontoise et spécialiste du Brésil : « En 1992, Fernando Collor de Mello a été destitué dans le cadre d’une autre affaire de corruption dont l’ampleur était moindre que celle qui vise le PT et la Présidente ! ».

Annulation des élections 

La seconde procédure envisagée concerne directement le scandale pétrolier. Le Tribunal suprême électoral devrait déterminer à l’issue de l’enquête si l’argent généré par les pots-de-vin a alimenté les comptes de campagne de Rousseff lors de la dernière élection présidentielle en 2014. Si c’est le cas, les résultats des élections pourraient être annulés, entraînant un nouveau vote.

Jeudi dernier, la chef d’Etat a accordé une interview télévisée à la chaîne SBT : « Tout au long de l’interview, on pouvait entendre à travers le pays le bruit assourdissant des panelaço [casseroles frappées violemment] pour protester. Elle semble vraiment isolée », raconte Cristina Terra. Dans la tourmente, Dilma Rousseff a toutefois exclu de démissionner.