Migrants: La route des Balkans, nouveau chemin vers l'Ouest

UNION EUROPEENNE La Grèce est devenue le principal point d’entrée de l’immigration clandestine vers l’Union européenne…

L.C.

— 

Des migrants tentent d'embarquer à bord d'un train à destination de la Serbie, dans la gare Gevgelija, dans le sud de la Macédoine, le 12 août 2015.
Des migrants tentent d'embarquer à bord d'un train à destination de la Serbie, dans la gare Gevgelija, dans le sud de la Macédoine, le 12 août 2015. — Boris Grdanoski/AP/SIPA

La route des Balkans est dans le collimateur de la Commission européenne. Depuis quelques mois, ce chemin est de plus en plus emprunté par les candidats à l’asile venus de Syrie, d’Irak ou d’Afghanistan. « La route des Balkans reste ouverte pour l’immigration illégale parce que certains pays [de la région] ne prennent pas les mesures nécessaires pour garder la situation sous contrôle », a déploré vendredi le commissaire aux Affaires intérieures, Dimitris Avramopoulos, lors d’une conférence de presse à Bruxelles, sans nommer les pays visés par ces critiques.

La Grèce, premier point d’entrée en Europe

Cette route a l’avantage de se faire principalement sur terre. Point de départ : la Turquie, d’où les migrants prennent le bateau pour rejoindre les îles grecquesLa ville balnéaire turque de Bodrum, se trouve à une vingtaine de kilomètres à vol d’oiseau de l’île grecque la plus proche, Kos, débordée face à l’arrivée massive de migrantsEn juillet 2015, près de 50.000 personnes sont arrivées en Grèce par la Mer Egée selon l’agence Frontex, contre 20.000 en Italie.

Ensuite, les migrants traversent la Macédoine à pied, à vélo ou dans des taxis collectifs pour les plus fortunés. Les autorités macédoniennes autorisent un certain nombre de migrants à monter dans un train pour la Serbie. Une fois sur le sol serbe, il s’agit de gagner la Hongrie, dans l’espace Schengen de l’Union européenne (UE). Beaucoup veulent ensuite se rendre en Allemagne ou dans les pays scandinaves. D’autres itinéraires passent par l’Albanie, le Monténégro, le Kosovo et la Bosnie-Herzégovine.

Crédits : Amnesty International

Une route moins meurtrière

Ce trajet est moins meutrier que la traversée de la Méditerranée depuis les côtes africaines jusqu’à l’Italie. Depuis janvier 2015, 61 personnes sont mortes noyées en tentant de rejoindre l’Europe par la Grèce et 1.931 via l’Italie. La route des Balkans n’est toutefois pas exempte de dangers : depuis janvier 2014, 24 migrants ont été tués sur des voies ferrées en Macédoine selon un rapport d’Amnesty International. Les migrants subissent des détentions arbitraires des violences de la part des autorités et sont ciblés par des groupes mafieux.

Les candidats à l’asile privilégient néanmoins ce chemin. Selon Frontex, le nombre de franchissements illégaux de frontières en provenance des Balkans de l’ouest [Serbie, Bosnie-Herzégovine, Monténégro, Kosovo, Macédoine et Albanie] a bondi de 65 % au cours de l’année écoulée. En 2014, l’agence a recensé 12.540 Syriens entrés dans l’UE par les Balkans (quatre fois plus qu’en 2013) et 10.960 Afghans (trois fois plus qu’en 2013). Selon Ankara, deux millions de réfugiés irakiens et syriens se trouvent actuellement en Turquie.

Le mur « anti-migrants » de la Hongrie

Depuis le début de l’année, la Hongrie a recensé plus de 100.000 nouveaux demandeurs d’asile (dont 35.000 au mois de juillet), deux fois plus que pour toute l’année 2014. Le gouvernement hongrois est en train d’installer un grillage métallique de quatre mètres de haut sur les 175 kilomètres de sa frontière avec la Serbie, qui devrait être totalement déployé d’ici le 31 août prochain.

Ce mur « n’arrêtera personne », estime Stéphane Moissaing, coordinateur de Médecins sans frontières en Serbie, interrogé par RFI. « Il modifiera peut-être certains itinéraires, des gens passeront par la Croatie ou la Roumanie. Sa principale conséquence sera surtout de faire augmenter les prix des passeurs ».

La route par les Balkans est moins coûteuse que la traversée de la Méditerranée, même si les écarts de prix entre les passeurs rendent difficile le travail d’estimation. L’agence Frontex évoque un coût maximum de 1.800 euros pour l’itinéraire terrestre contre 3.000 pour la traversée méditerranéenne.