Brésil: Pourquoi les manifestants appellent à la démission de Dilma Rousseff?

POLITIQUE Corruption massive, austérité et récession plongent le Brésil et sa présidente, Dilma Rousseff, dans une crise politique et économique de plus en plus sensible…

Hélène Sergent

— 

Sur l'avenue Paulista à Sao Paulo, des milliers de manifestants ont protesté dimanche 16 août contre la corruption et l'austérité opérées par le parti au pouvoir et la présidente Dilma Roussef.
Sur l'avenue Paulista à Sao Paulo, des milliers de manifestants ont protesté dimanche 16 août contre la corruption et l'austérité opérées par le parti au pouvoir et la présidente Dilma Roussef. — NELSON ALMEIDA / AFP

Dimanche 16 août, entre 900.000 et deux millions de Brésiliens sont descendus dans les rues. Depuis six mois, des mobilisations de plus en plus fréquentes s’organisent pour protester contre l’un des scandales les plus embarrassants pour la classe politique brésilienne. A cette affaire de corruption s’ajoute désormais une situation économique de plus en plus morose après dix ans de croissance, propulsant le Brésil au rang de 7e économie mondiale.

Le scandale Petrobras

La corruption orchestrée par le parti de gauche, le Parti des Travailleurs (PT), au pouvoir depuis douze ans, a largement inspiré les pancartes et les slogans des manifestants descendus hier à Rio, São Paulo ou Belo Horizonte. En cause : l’enquête en cours visant 13 sénateurs, 22 députés, deux gouverneurs et l’ensemble des dirigeants du Parti des Travailleurs. Le géant pétrolier Pétrobras, groupe public générant des millions d’euros de bénéfices, aurait passé divers contrats aux montants largement gonflés avec certaines entreprises.

Les montants de ces contrats auraient été redistribués à de nombreux politiques pour des motifs d’enrichissements personnels. L’argent des pots-de-vin - qui s’élèverait à près de 3,8 milliards de dollars selon les policiers - aurait également permis au PT de financer une partie de ses activités. « Le Brésil a toujours connu la corruption, mais il s’agit là d’un schéma organisé par le gouvernement et à grande échelle, c’est ça qui a révolté la population », analyse Cristina Terra, professeur d’économie à l’université de Cergy Pontoise et spécialiste du Brésil.

Une situation économique morose

« L’ex-Président Lula et Dilma Rousseff ont longtemps surfé sur une situation économique stable, aujourd’hui la situation a changé et le parti au pouvoir ne sait plus comment réagir », indique Hervé Théry, géographe et professeur à l’université de São Paulo. La baisse du prix des matières premières, du pétrole, la hausse des dépenses publiques et une inflation en hausse ont plongé le pays dans l’incertitude économique.

En réaction, le gouvernement de gauche a lancé une série de mesures, mal accueillies par une partie de la population. « L’Education subit notamment des coupes drastiques. Dans l’université dans laquelle j’enseigne, près de 75 % des crédits ont été coupés », déplore Hervé Théry. Un contexte morose dont pâti directement Dilma Rousseff, créditée aujourd’hui de 8 % d’opinions favorables, du jamais vu depuis le départ de la dictature militaire en 1985.