Explosions à Tianjin: «Les entreprises qui ont besoin d'aller en Chine prendront le risque»

ANALYSE Les conséquences économiques de la catastrophe pourraient être élevées, mais à court terme...

Victor Point

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Des centaines de carcasse de voitures neuves le 13 août après les explosions à Tianjin.
Des centaines de carcasse de voitures neuves le 13 août après les explosions à Tianjin. — Ng Han Guan/AP/SIPA

Cinq jours après les impressionnantes explosions de Tianjin, qui ont fait, selon le dernier décompte officiel, 112 morts et plus de 700 blessés, Toyota a annoncé ce lundi un arrêt de trois jours de la production sur ses sites de la ville, pourtant situés à plusieurs kilomètres de la zone des explosions. L’entreprise japonaise est loin d’être la seule concernée. Tianjin abrite notamment dans sa zone industrielle, aujourd’hui en partie ravagée, des raffineries pétrolière et des entreprises de technologie de pointe.

Cette région, surnommée la porte maritime de Pékin, est l’une des plus dynamiques du pays : elle connaît une croissance à deux chiffres depuis plusieurs années. Pas moins de 540 millions de tonnes de marchandises transitent par son port par an, ce qui en fait le quatrième plus grand du monde. « Tianjin est l’un des fers de lance de l’économie chinoise, résume Claude Meyer, conseiller au centre Asie de l’Ifri et professeur à Sciences Po. Cette catastrophe concerne environ 300 multinationales parmi les plus importantes au monde. » Or, l’économie chinoise, dont les chiffres de croissance sont de plus en plus contestés, connaît un passage à vide. Le yuan a déjà été fortement dévalué deux fois de suite…

Le problème sécuritaire chinois

« A ce stade, il est difficile de connaître les conséquences économiques de cette catastrophe, notamment parce que les informations données par les autorités chinoises sont très parcellaires », tempère Claude Meyer. Une étude du Crédit Suisse, basée sur ces données incomplètes, estime pour le moment que le coût pour les assureurs serait de 1 à 1,5 milliard de dollars. « Mais toutes les entreprises n’étaient certainement pas assurées », précise le professeur.

Au-delà du coût direct, « cette catastrophe a mis en lumière de manière spectaculaire le problème sécuritaire de la Chine », alerte Claude Meyer. Le développement exponentiel de la région, et du pays en général, n’est pas allé sans une certaine forme de laisser-aller. « Il y a déjà eu des incidents dans d’autres régions industrielles de la Chine, ils ont simplement été moins retentissants. »

Business is business

Il ne faut pourtant pas attendre de grandes mesures de la part des autorités chinoises. « Elles se concentrent pour le moment à limiter l’impact dans l’opinion publique, en muselant par exemple la presse et les réseaux sociaux, détaille le spécialiste. Elles ont aussi annoncé qu’elles allaient prendre des mesures exemplaires contre les fautifs. » En clair, trouver un coupable et se défausser sur lui.

Même pour la confiance des investisseurs, Claude Meyer ne se fait pas trop de souci : « Elle va probablement s’éroder dans un premier temps. Mais les entreprises qui ont besoin d’aller en Chine prendront le risque, que ce soit à Tianjin ou ailleurs. Elles regarderont d’un peu plus près leur police d’assurance... »