La dévaluation du yuan va avoir un impact sur l'économie française

CHINE Le luxe et le tourisme seront touchés...

N.Beu. avec AFP

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Des touristes chinois prennent des photos souvenir, le 27 mars 2013 devant la tour Eiffel à Paris
Des touristes chinois prennent des photos souvenir, le 27 mars 2013 devant la tour Eiffel à Paris — Eric Feferberg AFP

La triple dévaluation du yuan va-t-elle nuire à l’économie française ? C’est en tout cas un mauvais signal pour les secteurs du luxe et du tourisme en France, en raison de la dégradation économique qu’elle traduit, d’après des analystes interrogés par l’AFP.

Si la dévaluation n’aura a priori « pas d’impact fort », le ralentissement du marché chinois qui sous-tend cette mesure va, lui, « ajouter une pression supplémentaire au secteur », estime Cédric Rossi, analyste chez Bryan Garnier & Co. « Une partie du marché qui avait ralenti en Chine avait été compensé par le fait que les Chinois dépensent beaucoup plus en Europe. Mais si la dévaluation se poursuit, les Chinois, qui achètent à 70 % leurs produits de luxe hors de Chine, pourraient acheter moins en Europe », leur pouvoir d’achat à l’étranger diminuant.

Le commerce parallèle boosté

François Godement, directeur du programme Asie au Conseil européen des relations internationales, relativise pour sa part la dévaluation, rappelant que le yuan avait beaucoup monté par rapport à l’euro ces deux dernières années. « Ce n’est pas parce qu’il y a une dévaluation de 2, 4 ou 5 % qu’il y aura des conséquences sur l’industrie du luxe qui a déjà pris un coup avec la campagne contre la corruption en Chine », estime-t-il. Les entreprises françaises du luxe étant très présentes en Chine, la dévaluation devrait néanmoins se traduire par une baisse de leur activité en Chine, exprimée en euros. Selon Luca Solca, analyste chez Exane BNP Paribas, LVMH réalise 8 % de ses ventes en Chine continentale, Hermès 12 % et la branche Luxe de Kering 10 %.

Autre conséquence, en renchérissant les prix des produits de luxe importés en Chine, la dépréciation du yuan pourrait encourager le commerce parallèle, prévient Fflur Roberts, directrice du segment luxe chez Euromonitor International. « La différence de prix entre l’Asie et l’Europe va s’amplifier, ce qui risque d’augmenter le marché gris, à savoir les produits achetés légalement par des intermédiaires en Europe et revendus en Chine sans l’autorisation du fabricant », souligne-t-elle.

Une manne pour l'économie

Sur le plan du tourisme, les acteurs s’accordent à dire qu’il est encore trop tôt pour prévoir l’évolution du nombre de visiteurs chinois en France. « La France est suffisamment attractive pour absorber l’écart de monnaies. L’impact de la monnaie, du moment qu’il reste faible, n’a pas vraiment d’influence », estime René-Marc Chikli, président du Syndicat des tour-opérateurs français (Seto). « On ne ressent rien à ce stade, mais il y a un tel désir de voyager des Chinois, et en particulier en France, avec une croissance à deux chiffres de touristes chinois depuis 4 ou 5 ans qu’à mon avis cela aura très peu d’impact », indique quant à lui Christian Mantei, directeur général d’Atout France, l’agence de développement touristique de l’Hexagone.

L’an dernier, 1,7 million de touristes chinois sont venus en France et ils devraient être 2 millions cette année, selon Mantéi. Une manne pour l’économie française, car avec 1.500 euros d’achats par tête en moyenne, les touristes chinois sont aujourd’hui de loin les plus dépensiers du monde.