Grèce: Le Parlement approuve le troisième plan d'aide

CRISE GRECQUE Le plan d’aide a été adopté essentiellement grâce aux voix de l’opposition…

20 Minutes avec AFP

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Le Premier ministre grec Alexis Tsipras dans le Parlement à Athènes le 14 août 2015.
Le Premier ministre grec Alexis Tsipras dans le Parlement à Athènes le 14 août 2015. — Yiannis Liakos/AP/SIPA

Après un interminable débat qui a duré toute la nuit, le Parlement grec a adopté ce vendredi matin, le nouveau plan d’aide au pays (le troisième depuis 2010), d’un montant de 85 milliards d’euros, essentiellement grâce aux voix de l’opposition. Le nouvel accord doit être examiné ce vendredi par l’Eurogroupe.

Suite à ce vote, la Commission européenne s'est dite confiante dans l'approbation par les ministres des Finances de la zone euro du plan d'aide de 85 milliards d'euros à la Grèce. «Nous considérons comme encourageant le vote sans appel ce matin par le Parlement grec et sommes confiants dans le fait qu'(obtenir) un résultat positif est tout à fait faisable aujourd'hui» lors de la réunion de l'Eurogroupe prévue dans l'après-midi à Bruxelles, a déclaré une porte-parole lors d'un point de presse. 

Défections au sein de Syriza

Le projet de loi, 400 pages mêlant mesures budgétaires et réformes structurelles, en échange de 85 milliards d’euros de prêts à verser sur trois ans, a recueilli l’approbation de 222 députés sur 300, 64 votant contre, 11 s’abstenant.

Un score obtenu grâce à quelque 120 voix apportées par l’opposition, et par l’allié de la gauche Syriza au sein de la coalition au pouvoir, le parti de droite souverainiste ANEL. Mais jusqu’à 47 députés Syriza sur 149, selon un décompte encore officieux, n’ont pas suivi Alexis Tsipras : 32 ont voté contre, 11 se sont abstenus, trois ont voté oui sur le texte général et non sur des mesures particulières, et un était absent.

Un revers interne pour le Premier ministre, qui a affirmé n’avoir pas eu « d’alternative » à la signature de ce plan, et déclaré que celui-ci assurerait à la fois « la survie du pays et la poursuite du combat ».

Guérilla parlementaire

Le texte a été adopté à 10 heures (7 heures GMT) à l’issue de près de 24 heures de discussions ininterrompues au Parlement, entre débats en commissions jeudi, réunions de procédure au tournant de la nuit, et séance plénière proprement dite commençant à 3 heures du matin.

Derrière ce marathon, la pointilleuse présidente du Parlement Zoé Konstantopoulou, députée Syriza fermement opposée à l’accord. Elle a mené une véritable guérilla de procédure, Constitution grecque et règlement du Parlement en main, au risque de faire manquer à Athènes le coche de l’Eurogroupe qui se réunit à Bruxelles à 13 heures (GMT) ce vendredi.

Plusieurs députés, tirés de leurs vacances par le calendrier économique agité du pays, n’ont pas caché leur agacement et leur fatigue. Même le ministre des Finances Euclide Tsakalotos n’a pu réprimer de voyants bâillements.

Le vote du Parlement permet en tout cas à Athènes de se présenter en bonne posture à Bruxelles après un mois de collaboration impeccable dans l’élaboration du plan avec ses créanciers (UE, FMI, BCE et Mécanisme européen de stabilité) - bien mieux qu’au temps où Yanis Varoufakis, qui a voté non, était ministre des Finances.

Les ministres des Finances de la zone euro (Eurogroupe) doivent maintenant donner leur accord politique au projet.

Un prêt-relais ?

La Grèce espère désormais un premier versement d’une vingtaine de milliards d’euros dans les prochains jours. Cela lui permettrait notamment d’honorer à temps un remboursement essentiel de 3,2 milliards d’euros (plus 200 millions d’euros d’intérêts) à la BCE, le 20, et de rembourser les fournisseurs de l’Etat qui n’ont pas été payés depuis des mois.

Le très écouté ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble serait plutôt favorable au versement à Athènes d’un simple « prêt-relais » pour payer la BCE, afin de prendre encore du temps pour étudier l’accord, et, surtout, essayer d’imposer des conditions complémentaires. Alexis Tsipras a souligné ce danger dans son discours, assurant qu’un prêt-relais « que certains cherchent systématiquement », serait « le retour à une crise sans fin ».