Affaire des mails d’Hillary Clinton: Pourquoi les Américains en font tout un plat

POLEMIQUE Alors qu’en France, on ne s’émeut pas que le chef de l’Etat ait conservé sa ligne téléphonique non sécurisée, le rendant très vulnérable à la surveillance de ses communications...

B.D.

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La candidate à l'investiture démocrate Hillary Clinton lors d'un discours à New York le 24 juillet 2015
La candidate à l'investiture démocrate Hillary Clinton lors d'un discours à New York le 24 juillet 2015 — KENA BETANCUR AFP

Enième rebondissement dans l’affaire des mails d’Hillary Clinton. La « présidentiable » démocrate la plus probable pour l’élection de 2016 a fourni mardi à la police fédérale américaine un accès au serveur privé qui les hébergeait. Vu de France, où le chef de l’Etat a conservé sa ligne téléphonique directe, non sécurisée, et envoie des dizaines de SMS chaque jour, le rendant très vulnérable à la surveillance de ses communications, difficile de comprendre en quoi cette « affaire » a pu faire polémique aussi longtemps Outre-Atlantique. Explications.

Qu’est-il reproché à Hillary Clinton ?

Le 2 mars, un article du New York Times révèle que l’ancienne secrétaire d’Etat (2009-2013) n’a jamais utilisé d’adresse mail gouvernementale, comme c’est la règle pour le chef de la diplomatie, mais exclusivement un serveur et une messagerie électronique privés pour traiter ses e-mails alors qu’elle était en fonction.

C’est problématique… car elle aurait pu violer les textes fédéraux en vigueur

La loi fédérale américaine impose depuis 2009 à tout responsable gouvernemental d’archiver sa correspondance : tous les écrits de l’administration doivent être archivés pour rester à la disposition du Congrès. Seules les correspondances privées doivent passer par une adresse personnelle. L’équipe de Clinton a depuis affirmé qu’elle avait respecté « l’esprit et la lettre » des textes en vigueur à l’époque, précisant qu’elle avait le droit d’utiliser un mail non gouvernemental tant que les traces des correspondances sont conservées -ce qui a été fait sur un serveur personnel.

Le Wall Street Journal a, lui, souligné qu’elle n’avait pas pu enfreindre cette règle, puisque les mails ne rentraient pas encore, lorsqu’elle était au gouvernement, dans la définition d'« enregistrements fédéraux ». Mais, quand on brigue la fonction suprême, ça fait toujours meilleur effet de montrer qu’on suit les règles.

…car cela soulève des questions de sécurité

Lors d’une conférence de presse le 10 mars, Hillary Clinton a justifié son choix en soulignant que ce système offrait « de nombreuses garanties » de sécurité. Mais ce choix l’a peut-être plus exposée aux tentatives de piratage, selon Wired, qui juge que l’utilisation d’un serveur est « une faille majeure de sécurité ». Dans un autre article, le site explique que les mails sont « l’un des services les moins sécurisés », soulignant les possibilités d’usurpation de boîtes, de falsification des messages ou de lecture pendant leur phase de transit, et martelant que la femme politique ne pouvait en aucun cas garantir qu’« il n’y a eu aucune faille de sécurité ».

…car cela questionne sa transparence

Voulant montrer la bonne foi de sa patronne, l’équipe d’Hillary Clinton a souligné que, sur les 62.320 messages accumulés entre mars 2009 et février 2013 sur son serveur, environ la moitié (quelque 55.000 pages imprimées) avait été transmise à la demande du département d’Etat pour archivage fin 2014. Mais ses détracteurs ont critiqué le fait que la démocrate ait pu faire le tri elle-même, détruisant des messages potentiellement embarrassants, avant de remettre uniquement ceux jugés professionnels.

Parmi les messages supprimés, les républicains cherchent à savoir si des échanges ont eu lieu au sujet de la fondation Clinton - objet d’une controverse en raison de l’augmentation des dons récoltés provenant de sociétés et de gouvernements étrangers -, potentielles preuves d’une connivence, d’un trafic d’influence, voire de corruption. Ils ont donc demandé la publicité de l’intégralité des correspondances non classifiées de l’ex-secrétaire d’Etat, et demandé que le fameux serveur soit remis à un tiers pour vérifier son contenu.