Donald Trump toujours en tête de sondages qui ne veulent rien dire

USA 2016 Ses dérapages ne semblent pas l'affecter, pour l'instant...

Philippe Berry

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Donald Trump à son arrivée au premier débat des primaires républicaines le 6 août 2015 à Cleveland
Donald Trump à son arrivée au premier débat des primaires républicaines le 6 août 2015 à Cleveland — MANDEL NGAN AFP

Le dérapage de trop ? Quel dérapage de trop. Alors que de nombreux observateurs prédisent la fin de Donald Trump après ses attaques contre Dieu le père (Fox News) et son prophète (la modératrice Megyn Kelly), le candidat milliardaire ne plonge pas dans les sondages réalisés après le débat. Il progresse même dans certaines études. Ce qui ne signifie absolument rien.

Trump à 32 %, Bush à 11 %

Dans le sondage national de Morning Consult, publié lundi et réalisé au cours du week-end, Trump progresse de 7 points chez les républicains, à 32 % d’intentions de vote. Bush est dans les choux à 11 %. Tous les autres candidats sont sous les 10 %. Conclusion de l’institut : « Il n’y a aucun signe d’une baisse de ses soutiens après ses propos sur CNN » suggérant que Megyn Kelly avait « du sang lui sortant des yeux et de je-ne-sais-où », une tirade interprétée par beaucoup comme une mauvaise métaphore sur la menstruation féminine.

Pendant ce temps-là dans l’Iowa – le premier Etat à voter dans la primaire républicaine – une étude de Public Policy place le milliardaire en tête (19 %) devant le neurochirurgien Ben Carson (12 %), le gouverneur du Wisconsin Scott Walker (12 %) et Jeb Bush (10 %). Le seul changement par rapport au baromètre précédent, c’est l’envol de l’ex-patronne de HP, Carly Fiorina (9 %) après sa bonne performance lors du débat.

Des sondages peu fiables réalisés six mois avant le scrutin

« Donald Trump gagne dans les sondages mais perd la nomination. » L’affirmation de l’expert en statistiques Nate Silver semble contradictoire ? Elle ne l’est pas. Les sondages nationaux réalisés six mois avant le début de la primaire sont aussi fiables qu’une boule de cristal. En 2012, Rick Perry, Herman Cain et Newt Gingrich ont tour à tour mené mais Mitt Romney a fini par l’emporter tranquillement. En 2008, même scénario avec Rudy Giuliani ou Fred Thompson face à John McCain.

Le problème principal – outre le facteur temporel – c’est que le nominé n’est pas désigné par scrutin national. Cinquante Etats votent, avec des règles différentes. Certains fonctionnent à la proportionnelle, d’autres avec un système « le vainqueur rafle tout ». Et même si Donald Trump l’emportait dans l’Iowa et/ou le New Hampshire en février, ces Etats sont de mauvais baromètres chez les républicains : sur les 10 derniers scrutins, ils ont voté une fois sur deux pour un candidat qui n’a pas décroché la nomination.

Un milliardaire pas si riche que cela

Pour faire campagne dans 50 Etats, l’argent reste le nerf de la guerre. Et Donald Trump a beau être milliardaire, il n’a qu’entre 70 et 250 millions de dollars disponibles en cash, selon les estimations de Bloomberg et de Politico. Et il ne va clairement pas dépenser toute sa fortune dans une aventure politique vue par beaucoup d’analystes comme une opération de promotion égocentrique.

Mi-juillet, le candidat avait injecté 1,8 million de dollars dans sa campagne et presque déjà tout dépensé. En face, Bush a levé 11 millions de dollars. Surtout, le frère cadet de la dynastie texane peut compter sur plus de 100 millions de dollars déjà récoltés par son « super PAC (comité d’action politique) ». Trump, que les influents frères Koch refusent de soutenir, jure que personne ne peut « l’acheter avec des donations » et vient de se tourner vers Internet. Reste à voir s’il pourra reproduire le succès d’Obama en 2008.

Bush grand favori des parieurs

Pour s’imposer dans ce marathon, rappelle Nate Silver, il faut une plateforme solide : des stratèges, des conseillers, des volontaires, des spots publicitaires. Il y a trois jours, l’un des généraux principaux de Donald Trump, Roger Stone, a claqué la porte en désaccord avec les attaques contre la journaliste Megyn Kelly. Selon une conversation interne rapportée par Politico, Stone décrit un candidat « déconnecté de la réalité », qui refuse « de payer pour des sondages scientifiques ».

En bon business man, Trump pourrait au moins consulter les sites de paris en ligne, beaucoup plus fiables que les sondages dans leurs prédictions. Sauf que selon la moyenne PredictWise, il ne se classe qu’en 4e position (8 %), loin de Jeb Bush (37 %). Follow the money…