Pakistan: Que sait-on du scandale d’abus sexuels sur enfants qui secoue le pays?

DECRYPTAGE Près de 300 enfants, pour la plupart âgés de moins de 14 ans, d’un village de l’est du pays, ont été filmés alors qu’ils étaient violés par un ou plusieurs hommes…

B.D. avec AFP

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Des manifestants brandissent des affiches lors d'un rassemblement contre les abus sexuels sur mineurs, à Islamabad, au Pakistan, le 10 août 2015. Lancer le diaporama
Des manifestants brandissent des affiches lors d'un rassemblement contre les abus sexuels sur mineurs, à Islamabad, au Pakistan, le 10 août 2015. — AFP PHOTO / Aamir QURESHI

Il pourrait s’agir du plus grand scandale de viols sur enfants de l’histoire du pays. Ce week-end, le Pakistan a découvert l’existence de vidéos sordides mettant en scène des abus sexuels sur près de 300 enfants d’un même village.

Comment l’affaire a-t-elle été rendue publique ?

Comme le raconte Le Monde, le scandale a été mis au jour mardi dernier, après une manifestation réclamant la justice pour les victimes qui a réuni 4.000 personnes, près du village de Dolay Wala. Le week-end dernier, les médias se sont fait écho de l’émergence de centaines de vidéos sordides, mettant en scène environ 280 enfants, pour la plupart âgés de moins de 14 ans, du village d’Hussain Khanwala, proche de la Lahore, dans l’est du pays. Les enfants y sont filmés alors qu’ils sont violés par un ou plusieurs hommes, ou contraints à des rapports sexuels entre eux, ont indiqué Latif Ahmed Sara, un avocat représentant les victimes. D’après le quotidien local anglophone The Nation, près de 400 de ces vidéos pédopornographiques ont été saisies dans le district de Kasur. Elles auraient été tournées entre 2006 et 2014.

Où en est l’enquête ?

La police pakistanaise a procédé lundi à de nouvelles arrestations, portant à 12 le nombre de personnes détenues dans le cadre de l’enquête. Dix personnes ont été identifiées à partir d’une trentaine de vidéos, selon le Daily Times, et 25 en tout sont soupçonnées d’être impliquées dans l’affaire.

A quoi servaient ces vidéos ?

Selon plusieurs témoignages, elles auraient permis aux coupables présumés d’extorquer de l’argent à leurs victimes et à leurs parents. Ils auraient en effet menacé de les vendre localement pour 40 roupies (0,30 euro). « Ils ont fait une vidéo de mon fils en 2011 et nous payons les maîtres chanteurs depuis lors », a affirmé la mère de l’une des victimes présumées. Mais, selon l’un des agresseurs présumés interpellés, ces relations étaient consenties, les victimes présumées y ont joué un rôle actif et aucun chantage n’a été exercé sur leurs familles. « Ces vidéos sont authentiques, mais elles ont été faites pour le plaisir », a-t-il dit.

Pourquoi l’enquête est-elle critiquée ?

Dans son rapport initial, elle a conclu la semaine dernière que les accusations d’abus sur les enfants étaient « sans fondement ». Le chef de la police locale, Shahzad Sultan, maintient que ce sont des vidéos d’actes sexuels entre jeunes « consentants », qu’un groupe d’hommes a tournées il y a longtemps pour s’amuser. Elle juge également que ces anciennes vidéos ont été ressorties à la mi-juillet par un clan local pour discréditer un clan rival dans le cadre d’un différend foncier.

Une thèse inacceptable pour les avocats des victimes, qui reprochent aux forces de l’ordre d’être de connivence avec les agresseurs. « La police protège les criminels, elle les soutient et leur a fourni le moyen de fuir le village », a ainsi affirmé Latif Ahmed Sara à des journalistes. The Nation va plus loin encore, accusant un élu local d’avoir fait pression -et versé un pot-de-vin de 5 millions de roupies- pour que les policiers relâchent le principal suspect.

Que sait-on des agressions sexuelles sur mineurs au Pakistan ?

La sexualité étant taboue dans la société pakistanaise, plusieurs spécialistes locaux de l’enfance ont souligné que les victimes taisent le plus souvent les abus dont elles ont souffert pour ne pas souiller l'« honneur » de leur famille par cette « honte ». Selon Mumtaz Hussain, au service de Sahil, l’une des principales ONG locales de défense des droits de l’enfant, plus de 3.500 affaires de ce type ont été recensées l’an dernier, mais le chiffre réel pourrait être de 10.000.