Etats-Unis: Un an après la mort de Michael Brown, qu’est-ce qui a changé?

DECRYPTAGE Alors que Darren Wilson, le policier qui a tiré, n’a pas été poursuivi, la famille de la victime a entamé plusieurs procédures au civil, et nombre d’affaires similaires ont eu lieu, malgré les mesures annoncées par les autorités…

Bérénice Dubuc
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Un manifestant porte un t-shirt à l'effigie de Michael Brown, le 15 août 2014 à Ferguson, dans le Missouri.
Un manifestant porte un t-shirt à l'effigie de Michael Brown, le 15 août 2014 à Ferguson, dans le Missouri. — AFP PHOTO / Joshua LOTT

Le 9 août 2014, Michael Brown était abattu par Darren Wilson à Ferguson (Missouri) alors qu’il n’était pas armé. Sa mort a déclenché une vague de manifestations à travers les Etats-Unis et suscité un vif débat sur l’usage excessif de la force par les policiers blancs à l’encontre des noirs.

Un an après, le policier n’a pas été poursuivi, la famille de Michael Brown a entamé plusieurs procédures au civil, et nombre d’affaires similaires ont eu lieu, malgré les enquêtes et les mesures annoncées par les autorités.

Que s’est-il passé pour Darren Wilson et la famille de Michael Brown ?

Fin novembre, le grand jury qui enquêtait sur l’affaire a estimé qu’il n’y avait « pas de raison suffisante d’intenter des poursuites contre l’officier Wilson ». En mars, c’est la justice fédérale américaine qui a renoncé à le poursuivre. Une décision a mis un point final à l’enquête sur la mort du jeune homme. Darren Wilson, démis de ses fonctions, mène une existence « très tranquille » à Saint Louis, malgré des menaces de mort constantes. Il a acheté une maison grâce aux quelque 500.000 dollars récoltés par ceux qui voient en lui un « héros ». Il a expliqué au New Yorker qu’il ne souhaitait pas « continuer à vivre dans le passé à cause de ce qui s’est passé à Ferguson ». Il est cependant toujours poursuivi au civil par la famille de Michael Brown, qui attaque aussi la ville.

Et à Ferguson ?

Les pratiques racistes de la police et des autorités locales ont été épinglées dans un rapport de la justice fédérale rendu public en mars. « La police de Ferguson a régulièrement violé les droits constitutionnels de ses résidents noirs », et « de nombreux officiers de police semblent considérer certains habitants (…), non pas comme des citoyens qu’il faut protéger, mais comme des criminels potentiels qui sont des sources de revenus », du fait des amendes dont ils doivent s’acquitter, indique le texte. Des démissions en série ont eu lieu : le juge du tribunal municipal, le city manager et le chef de la police -tous blancs-, et ont été remplacés par des responsables noirs.

En avril, la participation aux élections pour renouveler la moitié du conseil municipal a été plus de deux fois supérieure à celle enregistrée en 2013. Le conseil est désormais composé pour moitié d’Afro-américains. Un seul siégeait auparavant, alors que les Afro-américains représentent les deux tiers de la population de la ville. Par ailleurs, tous les policiers de la ville portent désormais des caméras embarquées.

Et au niveau fédéral ?

La mort de Michael Brown n’a pas fait cesser les bavures policières teintées de racisme. Les morts de Akai Gurley à New York, Tamir Rice à Cleveland, Walter Scott à North Charleston, Freddie Gray à Baltimore, ou de Sandra Bland à Waller se sont succédées, malgré les dizaines de milliers de manifestants scandant dans les rues de centaines de villes à travers les Etats-Unis « Black lives matter » (« Les vies noires comptent »).

Le rapport d’une « task force » émettant 59 recommandations – dont le port généralisé de caméras embarquées, la collecte officielle des données concernant les fusillades impliquant des policiers, des sanctions contre les polices employant du matériel trop militarisé…- a été publié, mais Barack Obama lui-même a rappelé qu’il ne s’agissait pas d’une solution miracle. Par ailleurs, la justice était elle aussi accusée de pénaliser excessivement la minorité noire et de protéger les policiers blancs. Si des appels ont eu lieu pour un changement en profondeur du système de grand jury – accusé de manquer de transparence et d’indépendance -, l’heure de la réforme n’a semble-t-il toujours pas sonné.