Affaire des Mistral russes: A qui la France peut-elle revendre les deux navires?

DÉFENSE L’Inde, le Canada et le Brésil figurent parmi les potentiels acquéreurs mais la revente des BPC ne sera pas une mince affaire…

Laure Cometti

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Le navire classe Mistral Vladivostok photographié en mai 2014 dans le chantier naval de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique).
Le navire classe Mistral Vladivostok photographié en mai 2014 dans le chantier naval de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique). — SALOM-GOMIS SEBASTIEN/SIPA

Paris et Moscou ont trouvé un accord pour mettre un terme à l’épineux dossier des Mistral. La Russie sera remboursée et la France se retrouve avec deux bâtiments de projection et de commandement (BPC) sur les bras. Il s’agit désormais de trouver un nouvel acquéreur ou une éventuelle reconversion pour ces deux porte-hélicoptères dont l’entretien et la maintenance coûte plusieurs millions d’euros par mois. 20 Minutes fait le point sur la « seconde vie » des deux navires.

Les plus : un navire moderne et polyvalent

Commençons par les bonnes nouvelles. Le Mistral est un navire polyvalent à la pointe de la technologie. « Ce type de bateau peut convenir pour une palette d’opérations variées », souligne l’Amiral Alain Coldefy, directeur de recherche à l’IRIS, spécialiste de la stratégie maritime et de l’industrie de défense. « Il a la capacité de diriger des opérations depuis un poste de commandement, ce qui intéressait principalement les Russes, mais aussi de mener des missions de maintien de la paix, des opérations humanitaires, sanitaires, d’assistance et d’évacuation ».

En effet, le Mistral permet à un état-major de mener des opérations militaires de grande ampleur, mais il dispose également d’un hôpital équivalent à celui d’une ville de 25.000 habitants. Cet aspect « couteau suisse » permet d’élargir la liste d’acquéreurs potentiels.

 

Les moins : un marché de la demande 

L’IHS Jane’s estime la demande mondiale pour ce type de navire autour de 26 pour les dix prochaines années. Pour autant, « l’industrie navale militaire est un marché de la demande », insiste Charles Forrester, analyste en industrie de la défense chez IHS Jane’s. Les clients font appel aux constructeurs selon leurs besoins, en leur fournissant un cahier des charges spécifiques. Or les Mistral ont été conçus pour répondre aux exigences russes.

En outre, « les Etats préfèrent souvent assembler les vaisseaux militaires sur leurs propres chantiers navals », explique-t-il, question de fierté.

Nouveau look pour une nouvelle vie

Le futur acquéreur devra également investir dans les équipements des navires. La Russie va en effet récupérer ses équipements, dont les systèmes d’information et de combat. Il faudra ensuite adapter le BPC aux exigences du client. En fonction des besoins et usages du repreneur, ce surcoût est estimé entre quelques dizaines à plusieurs centaines de millions d’euros.

Sur le Vladivostok et le Sébastopol, tout est adapté aux normes russes, des noms inscrits en cyrillique sur le flanc des coques de métal, à la documentation et au système électrique « qui fonctionne avec une fréquence de 50 Hz », note Alain Coldefy. « Or tous les navires occidentaux ont un système de 60 Hz, il faudra donc changer toutes les installations électriques ou vendre à un pays utilisant cette norme, comme l’Inde. »

Inde, Brésil, Canada…

Le ministre de la défense Jean-Yves Le Drian s’est malgré tout montré confiant ce jeudi, affirmant qu'« un certain nombre de pays, ils sont nombreux, ont fait connaître leur intérêt pour ces bateaux », sur RTL.

A 600 millions d’euros l’unité (prix initialement fixé dans le contrat de 2011), tout le monde ne peut pas se permettre un tel achat. Il faut avoir les moyens de manœuvrer un tel navire et disposer de marins bien formés. Selon les experts, les acheteurs les plus sérieux sont l’Inde, le Brésil et le Canada. Ce dernier a de réels besoins dans un contexte d’ouverture de la route de l’Arctique, « d’autant plus qu’Ottawa a perdu un navire ravitailleur fin 2014 dans un incendie », précise Charles Forrester.

Evoquées parmi les potentiels clients, l’OTAN et l’Union européenne ne font plus figure de repreneurs crédibles selon Alain Coldefy.