Violences en Israël: «Les deux crimes sont de nature très différente»

INTERVIEW Après la mort d’un bébé palestinien dans les colonies et d’une jeune israélienne à la gay pride de Jérusalem, l’historienne Diana Pinto apporte son éclairage sur les ultra-orthodoxes israéliens…

Propos recueillis par Nicolas Bégasse
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Forces de l'ordre israélienne à Naplouse le 1er août 2015.
Forces de l'ordre israélienne à Naplouse le 1er août 2015. — Majdi Mohammed/AP/SIPA

Haro sur l’ultra. Après les deux attentats survenus la semaine dernière en Israël, l’un dans les colonies qui a provoqué la mort d’un bébé dans l’incendie d’une maison où vivaient des Palestiniens, l’autre à la gay pride de Jérusalem où une jeune Israélienne a été mortellement blessée au couteau, les ultra-orthodoxes sont pointés du doigt. L’historienne Diana Pinto, auteure de Israël a déménagé (Stock, 2012), apporte son éclairage sur cette population.

Pouvez-vous rappeler qui sont les ultra-orthodoxes ?

Ce sont des juifs ultra-religieux et ultra-fidèles à une vision très stricte du judaïsme. Dès le départ, ils ont bénéficié en Israël d’un traitement vraiment privilégié quand le Premier ministre Ben Gourion a voulu donner une fin de vie digne à ces survivants de la Shoah. D’emblée, par respect pour la mémoire historique, Israël leur a donné des privilèges et des droits : ils pouvaient avoir leur propre société au sein même de la société israélienne, avoir un financement, échapper au service militaire… On pensait que ce groupe social finirait par disparaître. Or, il a gagné énormément de terrain, devenant au fil des ans un vrai problème pour la structure de l’Etat.

Y a-t-il des tendances différentes en leur sein ?

Ceux qu’on appelle les ultra-orthodoxes sont scindés en deux populations très distinctes. Il y a les haredim, ceux que l’on reconnaît facilement, avec leur chapeau de fourrure et leur habit noir, qui sont tranquillement refermés sur eux-mêmes et ne s’intéressent pas aux colonies. L’autre groupe, ce sont les ultranationalistes, ceux qui habitent dans les territoires occupés et sont devenus un problème plus grave, politique. Eux sont habillés de manière moderne. Les deux groupes ne se fréquentent pas, chacun a ses écoles, ses synagogues… Ils peuvent être définis comme ultra-orthodoxes, mais il y a une très grande différence entre eux.

Après les attentats commis contre la gay pride de Jérusalem et les Palestiniens de Cisjordanie, les ultra-orthodoxes sont pointés du doigt… Desquels parle-t-on ?

Les ultra-orthodoxes qui ont pu commettre le crime qui a vu un bébé mourir dans l’incendie de sa maison n’étaient certainement pas des gens habillés de noir avec un chapeau en fourrure ! Ce sont plutôt des ultra-orthodoxes modernes, patriotes. L’autre crime, commis à la gay pride, semble être le fait d’un haredim. Ils ne sont pas violents, mais un fou peut éventuellement sortir de leurs rangs. La différence entre les deux crimes, c’est que l’un est lié aux mœurs, tandis que l’autre est politique.

Deux attitudes pour un même résultat ?

Il ne faut pas croire que les haredim sont tous des meurtriers, ceux qu’on voit à Paris ne vont pas mettre le feu à des bâtiments. En Israël, on les trouve d’ailleurs à côté des populations arabes, ils les côtoient en les ignorant. Tandis que les colons ultranationalistes veulent voir disparaître les Arabes de ce qu’ils considèrent comme leur territoire. Les deux attitudes sont très différentes.

A quel point le gouvernement Netanyahou peut-il durcir le ton dans les colonies ?

A l’intérieur du gouvernement, on condamne les actes mais pas la notion qu’Israël doit être beaucoup plus vaste. Donc on garde une certaine dose de sympathie envers les ultranationalistes violents. Le pays se trouve dans une spirale infernale, où le nombre de gens qui sont passés à une vision de droite expansionniste n’a cessé d’augmenter, tandis que la vieille gauche pacifiste perd des points. Beaucoup de gens font partie de ce milieu à l’intérieur de l’Etat, même s’ils ne seraient pas allés jusqu’à commettre ce type de crime. Il y a d’ailleurs une condamnation morale. La dureté de Benyamin Netanyahou est bien là, mais dans un contexte de tolérance envers ces colons.