Afghanistan: Qui est le mollah Mansour, le nouveau chef des talibans?

PORTRAIT « Discret », « conciliant »… Les spécialistes des mouvements djihadistes décrivent le successeur du mollah Omar comme un homme qui a surtout beaucoup à faire…

Jane Hitchcock

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Akhtar Mohamed Mansour, ici le 31 octobre 2007.
Akhtar Mohamed Mansour, ici le 31 octobre 2007. — SITE INTELLIGENCE GROUP / AFP

Qui est Akhtar Mohamed Mansour, ce nouveau chef des talibans ? Comme son prédécesseur le mollah Omar, le responsable des rebelles islamistes n’offre que très rarement son visage aux caméras. Une photo le montre avec un turban, arborant une barbe fournie. Et c'est tout ce que l'on sait de son apparence.

Dans le Daily Beast, un magazine d’informations américain, Sami Yousafzai raconte avoir rencontré ce discret bras droit et proche ami de l’ancien patron des talibans en 1994, à une époque durant laquelle Akhtar Mansour n’était encore âgé que de 25-30 ans - sa date de naissance n’est pas connue. Le fils de fermier paraissait « sérieux », portant « un grand salwar kameez, le vêtement typique pachtoune, et des lunettes de soleil, ce qui n’était pas vraiment anodin. Dans cette partie du monde, les gens aiment voir les yeux des autres », décrit le témoin, qui avait vu le futur responsable pousser la porte de la librairie islamique de son père, dans un camp de réfugiés afghans proche de Peshawar, au Pakistan.

Agent de sécurité, il est propulsé ministre de l’aviation civile

Déjà, « il semblait être un leader naturel », estime Sami Yousafzai. Akhtar Mansour avait combattu les Russes « et, bien qu’il ait été dévoué à ses études, il ne les a jamais finies ». Sami Yousafzai se souvient également d’une scène, qui a bâti la réputation du futur chef de file : « Une fois, dans la chaleur étouffante de juillet au Pakistan, je l’ai vu transportant des dizaines de bouteilles de Pepsi pour les condisciples de sa madrassa. Au camp, ce simple geste l’a fait paraître très généreux. » Repéré par le mollah Omar dès 1995, Akhtar Mansour grimpe vite les échelons : de simple agent de sécurité en charge de l’aéroport de Kandahar, il est propulsé ministre taliban de l’aviation civile.

« Au fil des années, je l’ai toujours considéré comme un chef tribal. Ni trop silencieux, ni trop bavard. Un homme qui pèse ses mots. Raisonnable et éloquent. » Dans un entretien à l’AFP, Abdul Hakim Mujahid, un ancien rebelle islamiste aujourd’hui membre du Haut conseil afghan pour la paix, souligne : « Le mollah Mansour est un modéré, favorable aux pourparlers. »

Une récente autorité, déjà mise à mal

Pour le veilleur-analyste et journaliste à France 24 Wassim Nasr, même si c’est l’homme « conciliant » de la situation, Akhtar Mansour a beaucoup à faire, désormais. « Son autorité est mise à mal » au sein des talibans. L’organisation, déjà perturbée par les frictions entre ses différentes mouvances, fragilisée par la perte de son « émir » est, surtout, décrédibilisée par la dissimulation de l’annonce de la mort du mollah Omar. « Retarder l’officialisation d’un décès est une chose, pour des raisons tactiques, mais… Je n’ai jamais vu de communiqués rédigés au nom d’un autre… C’est du délire ! »

Quid d’Al-Qaida et des concurrents de l’Etat Islamique ?

C’est que le mollah Mansour reprend le flambeau « à un moment charnière dans l’histoire des talibans », rappelle Libération. Ces derniers se sont en effet récemment engagés « dans d’ardus pourparlers de paix avec Kaboul et subissent la concurrence de l’organisation Etat Islamique (EI) ». Le groupe djihadiste tente d’étendre en Afghanistan son « califat » proclamé sur une partie du Moyen-Orient.

« Tant au niveau des négociations locales, qu’au niveau des relations avec Al-Qaida, qui avait fait allégeance à son prédécesseur, la dissimulation de la mort de son chef va porter un sacré coup au mollah Mansour. Va-t-il pouvoir mener la barque » dans un tel contexte ? s’interroge Wassim Nasr.