Migrants de Calais: Mais que fait l'Angleterre?

POLITIQUE Le gouvernement britannique de David Cameron promet une rallonge budgétaire pour sécuriser le port de Calais mais reste inflexible en matière d'accueil des candidats à l'exil...

H.S. avec AFP

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Des réfugiés syriens avaient engagé en octobre 2013 une grève de la faim après être restés bloqués plusieurs semaines dans le port de Calais et demandaient à dialoguer avec les autorités britanniques.
Des réfugiés syriens avaient engagé en octobre 2013 une grève de la faim après être restés bloqués plusieurs semaines dans le port de Calais et demandaient à dialoguer avec les autorités britanniques. — PHILIPPE HUGUEN / AFP

Les mots sont violents, imprimés en lettres capitales sur les unes des tabloïds anglais. Si l’outrance de la presse à scandale, qui exhorte le gouvernement britannique à envoyer l’armée dans la commune du Nord-Pas-de-Calais, prête à sourire, les divergences en matière de politique migratoire entre la France et la Grande-Bretagne aggravent une situation qui charrie, chaque jour, son lot de drames.

Les décès récurrents et les tentatives de traversée du tunnel sous la Manche de migrants syriens, soudanais ou érythréens, parfois au péril de leur vie, ont engendré une crise humanitaire et sécuritaire. Pour faire face à cet enjeu migratoire, la Grande Bretagne s’est engagée à réaliser une série d’investissements financiers mais rechigne à revoir ses lois en matière de travail au noir, qui participent à l’attrait des migrants pour ce pays.

Les autorités britanniques auraient déjà déboursé 4,7 millions d’euros pour la construction de barrières visant à sécuriser les accès des plateformes et du terminal à Calais. Mardi, la ministre de l’Intérieur anglaise a également annoncé une rallonge de 10 millions d’euros pour renforcer la sécurité du terminal d’embarquement.

« Un double discours »

Malgré les accords et la coopération des deux pays, la position de l’Angleterre ne bouge pas ou peu. Si mercredi le Premier ministre David Cameron a jugé la situation « préoccupante », il évoquait la veille une « nuée » pour qualifier les migrants qui tentent de traverser la mer Méditerranée.

« Il y a un décalage entre le discours public de Cameron et la pratique en matière d’immigration » analyse Henri Labayle, professeur agrégé de droit à la faculté de Bayonne et à l’université de Pau et dirigeant du CDRE, laboratoire de recherches spécialisé en matière européenne et notamment en droits fondamentaux, d’immigration et de sécurité intérieure.

« Les Britanniques ont toujours eu une approche très pragmatique. Mais depuis l’émergence du mouvement UKIP, Cameron joue le jeu de l’idéologie politique et remet régulièrement en cause la libre circulation des ressortissants communautaires. Sauf qu’il oublie un peu vite que son pays a été l’un des premiers à démarcher des ouvriers polonais, bulgares, pour trouver une main-d’œuvre bon marché », analyse le professeur.

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A cet enjeu économique, que refusent de reconnaître les Britanniques, s’ajoute une difficulté géopolitique. « Les Anglais sont restés en dehors de Schengen parce qu’ils refusent de déléguer la gestion de leurs frontières. Mais d’un autre côté, ils ont accepté que les contrôles se fassent côté français au moment du lancement du tunnel sous la Manche, on marche sur la tête ! », conclut Henri Labayle.

Pressé par l’aile droite de son parti et par le référendum qu’il s’est engagé à organiser en 2016 pour le maintien ou non du pays au sein de l’Union Européenne, David Cameron s’apprête néanmoins à durcir encore sa législation sur l’immigration, déjà renforcée en mai 2014. La loi oblige pour l'instant les bailleurs privés à vérifier, sous peine d’amende, si leurs locataires ont bien le droit de résider au Royaume-Uni. En mai dernier, quelques jours après sa réélection à la tête du pays, le Premier ministre avait dénoncé : « Il est encore trop facile de travailler illégalement dans ce pays ».