Proche-Orient: Heurts à Jérusalem, la police israélienne entre dans la mosquée d'Al-Aqsa

MONDE Il s'agit d'une incursion extrêmement rare dans ce troisième lieu saint de l'islam situé dans la Vieille ville de Jérusalem...

20 Minutes avec AFP
— 
Une femme palestinienne arrêtée par les forces de l'ordre israéliennes, le 26 juillet 2015, à Jérusalem.
Une femme palestinienne arrêtée par les forces de l'ordre israéliennes, le 26 juillet 2015, à Jérusalem. — AHMAD GHARABLI / AFP

La police israélienne a pénétré dimanche dans la mosquée Al-Aqsa, une incursion extrêmement rare dans ce troisième lieu saint de l’islam situé dans la Vieille ville de Jérusalem, pour mettre fin à des heurts déclenchés par la venue de juifs orthodoxes.

Statu quo hérité du conflit de 1967

L’esplanade des Mosquées, que les juifs appellent le Mont du temple et considèrent comme leur premier lieu saint, est régie par un statu quo hérité du conflit de 1967 : si juifs et musulmans peuvent se rendre sur le site sacré qui surplombe l’ultra-touristique Vieille ville de Jérusalem, les juifs n’ont pas le droit d’y prier.

Dans la nuit de samedi à dimanche, les juifs ont entamé les commémorations de Tisha Beav, qui marque dans leur calendrier la destruction des deux temples qui se trouvaient sur l’Esplanade, dont le Mur des Lamentations en contrebas des mosquées est le dernier vestige. Des milliers d’entre eux se sont rassemblés sans incident devant le Mur des Lamentations, mais d’autres, des radicaux, auraient tenté de venir prier aux abords de l’Esplanade ultra-sensible.

Au moins 3 personnes jetant des pierres ont été arrêtées

Des échauffourées ont alors éclaté, et tôt le matin des dizaines de policiers israéliens ont investi l’Esplanade avant de pénétrer « de plusieurs mètres » à l’intérieur d’al-Aqsa, a indiqué la police israélienne. Sur des photos diffusées par la police on peut voir les portes en bois du lieu de culte arrachées, des tapis déchirés ainsi que des pierres jonchant le sol.

Selon la police, ce sont « des émeutiers masqués », des musulmans barricadés dans la mosquée, qui « ont commencé à jeter des pierres et des projectiles de l’intérieur de la mosquée en direction des policiers. »

Au moins 3 personnes jetant des pierres ont été arrêtées, et quatre policiers légèrement blessés, selon les autorités israéliennes. Les journalistes de l’AFP ont pu voir un Palestinien saignant de la tête, et des témoins ont fait état d’autres blessés, mais sans plus de précisions.

Un jeune juif a également été arrêté, selon la police après avoir refusé d'ôter ses phylactères, des accessoires de prière utilisés par les juifs pratiquants, pour entrer sur l'Esplanade des mosquées, et mordu un officier de police qui lui barrait le chemin.

Les heurts se sont poursuivis dans la Vieille ville de Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, où la police a tiré des grenades assourdissantes, selon des journalistes de l’AFP. Le calme est revenu en début d'après-midi, et l'accès à l'Esplanade est revenu à la normale.

La Jordanie, gardienne du lieu saint, déplore « une provocation »

Le gouvernement palestinien a estimé que les agissements d’Israël montraient qu’il voulait « entraîner la région dans une guerre religieuse ». Et la Jordanie, gardienne du lieu saint, a déploré « les violations israéliennes récurrentes du site sacré, une provocation qui heurte les sentiments des Arabes et des musulmans (…) et vise à déclencher de nouvelles hostilités ».

L’entrée des policiers dans la mosquée représente « une escalade dangereuse », a réagi pour sa part le Hamas, le mouvement islamiste palestinien au pouvoir dans la bande de Gaza. Des heurts similaires avaient eu lieu en novembre dernier, et l’Etat hébreu avait alors pris la décision rarissime de fermer l’esplanade des Mosquées, provoquant une crise diplomatique avec Amman, qui avait rappelé son ambassadeur durant trois mois.