Présidentielle aux Etats-Unis: « Donald Trump a les moyens de sa politique, et c’est ce qui fait peur aux Républicains »

INTERVIEW Xénophobie, critique des héros nationaux,  insultes : le spécialiste des Etats-Unis François Durpaire analyse la campagne de Donald Trump…

Propos recueillis par Pierre Garrigues
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Donald Trump donne une conférence de presse le 10 juillet 2015 à Beverly Hills, en Californie, pour dénoncer l'immigration illégale
Donald Trump donne une conférence de presse le 10 juillet 2015 à Beverly Hills, en Californie, pour dénoncer l'immigration illégale — FREDERIC J. BROWN AFP

A deux semaines du premier débat du parti républicain qui se déroulera dans l’Ohio et auquel participeront dix candidats républicains sélectionnés par le parti, un candidat multiplie les attaques et propos polémiques : Donald Trump. A 69 ans, le magnat américain à la tête d’un patrimoine de 4 milliards de dollars, est crédité 24 % d’opinions favorables dans son propre parti. Une avance qui inquiète plus son propre parti que ses adversaires démocrates, d'autant plus qu'il menace de faire sécession. François Durpaire, consultant spécialiste des questions de diversité culturelle aux Etats-Unis, répond à 20 Minutes.

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Comment expliquer le succès d’un tel personnage ?

La raison la plus immédiate, la plus simpliste peut-être, c’est l’ultra-médiatisation de ses propos. Les médias ont en effet tendance à se délecter des sorties politiquement incorrectes de Trump, dans une campagne plutôt terne ou aucune personnalité politique ne ressort réellement… Mais surtout, c’est un candidat atypique, notamment par sa fortune personnelle, qui intéresse le public : la preuve, 62 % des recherches Internet sur les candidats républicains lui sont destinées !

A-t-il réellement sa chance dans la course à la Maison Blanche ?

Oui et non. En fait, l’Histoire a prouvé que ce genre de candidat, qui sort du lot par ses propos extrêmes (je pense à Michele Bachmann en 2012, ou encore à Newt Gringrich), ne dure pas longtemps, et dépasse rarement les primaires, c’est-à-dire au moment où les électeurs doivent non plus choisir le candidat qu’ils préfèrent, mais celui qui a le plus de chances de l’emporter face au candidat du camp adverse. Mais Trump a une particularité : il est très riche, et aurait potentiellement les moyens de mener campagne en indépendant. Comme Ross Perot en 1992. Il a les moyens de sa politique, et c’est ce qui fait peur aux Républicains. 

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Pourtant, Hillary Clinton semble également le craindre ?

Même si elle a déclaré qu’il fallait l’arrêter à tout prix, elle sait que ce n’est pas Trump qui la battra. Elle n’avait pas le choix, lorsqu’elle a tenu ces propos : elle doit se montrer scandalisée par les dires de Trump, au risque de devoir défendre le statut de héros de guerre de l'autre candidat républicain John McCain.

La provoc’, ça marche comme argument de campagne aux Etats-Unis ?

C’est un classique du début des primaires républicaines. On observe toujours, à cette période, la montée d’une aile droitière, qui divise parfois les votes républicains. Trump joue avec cette tendance xénophobe, celle qui accusait Obama de ne pas être un « vrai » Américain... C’est pour ça que le républicain Rick Perry l’a traité de « cancer du parti républicain », tandis que Lindsey Graham l’a accusé de vouloir « tuer le parti ».

Mais plusieurs interprétations sont possibles. Certains estiment que les agressions contre les Hispaniques sont suicidaires pour le parti. Rappelons que si les Hispaniques avaient voté à 70% pour Mitt Romney, et non pour Obama, c’est Mitt Romney qui serait le 44e président des Etats-Unis !

D’autres estiment que Trump n’est pas aussi naïf et qu’il sait que c’est surtout en 2020 ou 2024 que le vote hispanique va peser puisque les gros Etats avec les fortes proportions hispaniques semblent jouer d’un côté ou de l’autre pour 2016 : l’Etat de New York, du New Jersey, le Texas, l’Illinois...

Mais l’intérêt de Donald Trump, c’est bien que c’est « l’homme qui vaut 4 milliards de dollars », donc même s’il ne sort pas vainqueur des primaires – ce qui est probable – il a les moyens financiers de poursuivre son aventure dans l’élection générale...