«Gouvernement de la zone euro» proposé par François Hollande: «Un projet qui dépasse les clivages»

INTERVIEW Chercheuse à l’Institut de relations internationales Egmont, Sophie Heine décrypte pour «20 Minutes» la tribune du président François Hollande...

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud
— 
François Hollande à l'Elysée le 14 juillet 2015.
François Hollande à l'Elysée le 14 juillet 2015. — Alian Jocard/AP/SIPA

Quelques jours après l'accord européen maintenant la Grèce dans la zone euro, François Hollande a publié dimanche une tribune pro-européenne dans le Journal du dimanche. Il renouvelle sa proposition d'«un gouvernement économique européen» doté «d'un budget spécifique» afin d'endiguer des crises comme celle d'Athènes. Analyse de ces propositions avec la politologue Sophie Heine, chercheuse à l’Institut royal des relations internationales Egmont (Bruxelles), et membre du mouvement Stand Up for Europe.

L’idée d’un gouvernement économique de la zone euro semble être un serpent de mer…

Après la mise en place du marché unique [par l’Acte unique européen, signé par 12 Etats européen en 1986], le projet d'une Union monétaire a rapidement été perçu par les courants de gauche comme devant nécessairement être complété par un gouvernement économique et même une union politique et sociale. C'était ainsi l'ambition affichée par Jacques Delors et c'est ce qui a permis à une grande partie de la gauche d'accepter le Traité de Maastricht. Toutefois, ces promesses ne sont à l'époque pas advenues après la mise en place de l'euro.

Comment analysez-vous l’idée d’un gouvernement de la zone euro?

C’est un projet de bon sens économique, et qui, à mon avis, dépasse les clivages politiques droite-gauche. Et l’on peut remarquer qu’avec la crise, on a déjà développé une forme de gouvernement de la zone euro… Les questions qui se posent aujourd’hui seraient plutôt: Comment mettre en place cette convergence économique et un vrai budget européen, à la hauteur de 15 à 20% du PIB de l'Union européenne? Comment faire en sorte que la zone euro devienne une zone monétaire optimale? Comment mettre en place une intégration économique et une solidarité européenne qui permettrait de dépasser les antagonismes nationaux?…

Que pensez-vous d’un Parlement de la zone euro?

C'est une proposition qui permettrait de démocratiser l'idée d'approfondir économiquement la zone euro et qui fait donc sens, surtout à gauche. Elle soulève cependant plusieurs questions: Ces élus seraient-ils issus des parlements nationaux? Envisagerait-on plutôt une élection de parlementaires européens de cette zone euro? Tous les élus auraient-ils le même poids?

Par ailleurs, on peut se demander si cette «avant garde» aurait vocation à s'étendre au reste de l'UE et selon quelles conditions. En tous les cas, l'intégration différenciée ne serait pas une nouveauté pour les pays européens. En effet, depuis les débuts de l’Union européenne, la construction européenne s’est effectuée par cercles et avec un noyau dur. A quelques-uns, on est plus rapide et efficace qu’à beaucoup…

L’accord européen relatif à la Grèce vient à peine d’être accepté que François Hollande se lance dans ces propositions. Comment le comprendre?

On a l’impression que François Hollande se réveille, alors que le leadership européen est aujourd’hui en Allemagne. La crise grecque peut être un aiguillon pour les socialistes, pour les pousser à être à nouveau à l'initiative des réorientations de l'UE, dans une direction plus conforme au mandat que leur ont conféré leurs électeurs...

Les opposants à ce projet déplorent une perte de souveraineté des pays…

On constate que les populismes, en particulier ceux de droite, manipulant les questions de souveraineté et d’Etat-Nation, triomphent aujourd’hui dans les pays européens. Leur argument phare, celui de la nécessité de sauver la souveraineté, dans ses dimensions démocratiques, économiques et même sociales, résonne chez des citoyens ayant le sentiment de ne plus avoir de prise sur les décisions politiques. Le problème est qu’en face, il n’y a pas grand-chose comme réponse. Il y a bien des fédéralistes qui tentent de réhabiliter la souveraineté au niveau européen, mais ils sont surtout présents dans la société civile, pas vraiment parmi les politiques.