Iran: «C’était soit cet accord, soit la guerre»

INTERVIEW Le chercheur à l'EHESS Clément Therme nous aide à lire entre les lignes de l'accord trouvé à Vienne ce mardi...

Propos recueillis par Victor Point

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Des Iraniens célèbrent le succès des négociations sur le nucléaire iranien, le 14 juillet 2015.
Des Iraniens célèbrent le succès des négociations sur le nucléaire iranien, le 14 juillet 2015. — Ebrahim Noroozi/AP/SIPA

Ça y est ! Après des mois de négociations, d’innombrables nuits blanches et des journées de la dernière chance à n’en plus finir, un accord a été trouvé mardi pour la levée des sanctions économiques en Iran. Un document de 109 pages dont chaque virgule a été pesée, qui devrait permettre à la République islamique de redevenir fréquentable et de mettre fin à une crise de douze ans. Clément Therme, chercheur associé à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) et qui a dirigé l’ouvrage Iran, une nouvelle donne ? (L’Harmattan, 2014), explique à 20 minutes à quel point cet accord était important à trouver.

La menace d’une bombe nucléaire iranienne est-elle définitivement levée ?

L’objectif de cet accord est la non-prolifération nucléaire pendant dix ans. Les inspecteurs de l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) vont pouvoir accéder à plus de sites et les contrôler plus souvent, mais ils ne pourront pas couvrir tout le territoire iranien. C’est un accord basé sur la vérification, mais aussi sur la confiance. Même s’il y a la possibilité de rétablir les sanctions en un peu plus de soixante jours, cela va être difficile politiquement pour les gouvernements d’obliger leurs entreprises à quitter le marché iranien… Quant à la volonté de l’Iran d’accéder à la bombe nucléaire, elle n’a jamais été formellement prouvée.

 

Iran : les sites nucléaires après l’accord - afp graphics/M Brunengo AFP

 

C’est pourtant l’une des principales raisons affichées pour justifier les sanctions…

Les sanctions n’ont jamais empêché le pays de faire des recherches sur le nucléaire, il fallait sortir de cette logique. Il est impératif de mettre en perspective cet accord avec le traumatisme de la guerre en Irak. En 2003, les Etats-Unis ont envahi le pays sur la base d’allégations qui n’ont jamais été prouvées. L’administration Obama voulait éviter un nouveau désastre du genre et se remettre en conformité avec le droit international. Et sa principale victoire dans l’histoire est la déconstruction idéologique du fameux « Axe du mal » théorisé par Bush et les néoconservateurs – même si les élections américaines l’année prochaine pourraient voir un nouveau Bush au pouvoir. Au fond, l’alternative, c’était soit cet accord, soit le recours à l’option militaire. Ce qui n’est, je pense, pas la bonne solution…

On a donc évité une confrontation militaire, mais que peut-on espérer d’autre de cet accord ?

Cet accord, c’est le signe qu’en Iran un arbitrage a été fait entre les durs du régime et les modérés, et qu’il a été décidé de satisfaire la demande populaire. S’il va falloir attendre au moins janvier 2016 pour voir le début de la levée des sanctions, l’optimisme est déjà de mise parmi les entrepreneurs iraniens, et la santé économique du pays va rapidement s’en ressentir.

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Les Occidentaux misent ainsi, à long terme, non pas tellement sur un changement de régime, mais sur un changement d’attitude de la République islamique. Il est vrai que l’accord est essentiellement technique, et ne parle nullement de la situation au Yémen, en Irak ou en Syrie. Mais le soutien de l’Iran à ses alliés dans la région procède d’une stratégie politique, pas d’une logique économique. Seul un changement interne peut influer sur cela.