«Si Gaza n’apporte que des problèmes, peut-être faut-il que la Cisjordanie s’en sépare»

REPORTAGE Dans le calme de Ramallah, alors que le Fatah fait la chasse au Hamas ailleurs en Cisjordanie, les Palestiniens attendent la formation du gouvernement...

A Ramallah, Eléonore de Narbonne

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Des gamins jouent au ballon dans les ruelles de la vieille ville de Ramallah, assombries par la poussière comme les murs le sont de graffitis. Le vent souffle plus fort que d’habitude en ce jour où les Palestiniens se battent pour planter leurs drapeaux. Ceux, verts, du Hamas surplombent la porte d’entrée de la mosquée de la casbah, près de l’église ; elle compte plusieurs carreaux cassés.

Influence historique du Fatah
A l’heure où le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas achève de composer son gouvernement d’urgence, samedi après-midi, les habitants hésitent autant exprimer ce qu’ils espèrent et ce qu’ils craignent. Conscients de l’influence historique du Fatah (mouvement laïc nationaliste) dans leur ville, ils réclament plus que jamais la création d’un Etat autonome.

Et si le prix pour obtenir le calme est la bande de Gaza, certains sont prêts à le payer : « Après tout pourquoi pas ? admet Azme Khoury en conduisant ses neveux à la salle de jeux. Si Gaza n’apporte que des problèmes, peut-être faut-il que la Cisjordanie s’en sépare.» Ladite Palestine n’a pas attendu l’insurrection des miliciens gazaouis pour être scindée en deux – en trois si l’on considère l’étendue des colonies juives que les Israéliens construisent entre Jérusalem et la Vallée du Jourdain.

Hôtels pris d'assaut
A Ramallah, le calme apparent qui règne dans les rues marchandes doit moins à la sérénité des habitants qu’aux patrouilles incessantes des forces de sécurité en armes, fidèles au président. Au cœur de la ville, sur la place Al Manara, une trentaine d’hommes encagoulés et en treillis font régner l’ordre par leur seule présence. Autour, les hôtels sont pris d’assaut par les membres du Fatah échappés de Gaza puis d’Egypte. Un bâtiment abritant les bureaux de plusieurs médias a été déserté après avoir été pris pour cible.

Place Al Shabab, ne reste plus sur le bâtiment du Conseil législatif que le fier drapeau palestinien en haut de la façade, et à ses pieds des monceaux de détritus. Samedi matin, un vice-président du Parlement palestinien, Hassan Khreisheh, député élu avec le soutien du Hamas, y a été enlevé par des hommes armés qui ont « tenté de l’agresser ».

Cagoules interdites
Ailleurs en Cisjordanie, des militants des Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa, milice issue du Fatah, ont saccagé une dizaine de locaux d’organisations proches du Hamas, notamment à Naplouse. L’un de ses chefs, Zakaria Al-Zoubeidi, a sommé les membres du Hamas en Cisjordanie de remettre leurs armes à l’Autorité palestinienne. Cette succession d’attaques menées par les partisans du Fatah contre ceux du Hamas fait craindre des débordements semblables à ceux qui ont embrasé la bande de Gaza. Pour les éviter, et les pillages qui vont avec, le ministère de l’Intérieur a fait savoir que le port de cagoules serait désormais interdit.

«Le gouvernement sera annoncé dimanche », a déclaré le Premier ministre désigné Salam Fayyad, dont la priorité consistera à rétablir le calme dans les Territoires palestiniens. Son autorité excédera-t-elle la seule Cisjordanie ?