Iran: Un marché prometteur pour les Français

ECONOMIE Alors qu’un accord vient d'être trouvé sur le nucléaire, Total, PSA, mais aussi de nombreuses PME veulent leur part du gâteau...

Victor Point

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Une ligne d'assemblage de Peugeot 206 dans une usine Khodro à Téhéran, en 2014.
Une ligne d'assemblage de Peugeot 206 dans une usine Khodro à Téhéran, en 2014. — E. Noroozi / AP / Sipa

Il n’y a pas qu’aux diplomates que le temps a paru très long à cause des négociations pour la levée des sanctions économiques en Iran. Multinationales et PME de tous horizons trépignent d’impatience pour réinvestir ce marché extraordinairement prometteur. « L’Iran, c’est 80 millions d’habitants, majoritairement jeunes, qui vivent à 70 % en ville, une classe moyenne en plein essor, un pays solvable car très faiblement endetté, les quatrièmes réserves mondiales de pétrole et les deuxièmes de gaz, détaille Thierry Coville, chercheur à l’Iris, spécialiste de l’Iran. Et en raison des sanctions économiques de ces dernières années, il y a des besoins dans tous les secteurs ! »

Les entreprises françaises le savent très bien. Officiellement, toutes assuraient attendre la fin des négociations pour bouger. Maintenant que l’accord a été signé, il faut qu’il soit ratifié, puis l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) doit procéder aux premières vérifications à l’automne, avant une première levée des sanctions prévue à la fin de l’année. Mais les contacts avec les responsables de ce gros gâteau ont été repris depuis belle lurette, leur appétit conduisant même les Français à organiser le voyage sur place d’une très voyante délégation du Medef dès février 2014. Pour beaucoup de ces entreprises, l’Iran est par ailleurs une vieille histoire d’amour, un marché duquel elles ont été forcées de se retirer.

Concurrence acharnée

En premier lieu, Total. La multinationale française connaît très bien le terrain en Iran : en 1995, elle brave les sanctions américaines de l’époque et s’installe sur place. Jusqu’en 2008, date de son départ, elle parvient à obtenir la main sur quatre projets d’exploitation en amont, soit davantage que n’importe laquelle des autres compagnies présentes. « L’Iran a un très bon souvenir de Total, résume Francis Perrin, le directeur de la rédaction de la revue Pétrole et gaz arabes. D’ailleurs, la firme a bien pris soin de garder un bureau de représentation à Téhéran. » Elle devra néanmoins faire face à une concurrence acharnée, de BP à Shell en passant par Gazprom et Eni. « On peut compter sur les dirigeants des compagnies pétrolières nationales iraniennes pour faire preuve de pragmatisme », continue le spécialiste.

Le marché automobile promet aussi d’être très disputé. « Aujourd’hui, l’Iran compte 100 véhicules pour 1 000 habitants. En France, c’est 800 pour 1.000 », résume Thierry Coville. Avant de partir un peu précipitamment d’Iran en 2012, PSA Peugeot-Citroën y vendait plus de 450 000 véhicules par an. Aujourd’hui, l’entreprise a repris langue avec son partenaire historique sur place, Khodro, avec qui elle compte monter une coentreprise et produire dès que possible. Elle devra composer entre autres avec Renault, qui ne s’est jamais vraiment retiré d’Iran, maintenant ce que la firme appelle « un flux très limité d’expéditions de kits ». En clair, de la vente par intermédiaires.

La diplomatie sort l’artillerie lourde

Ce ne sont pas les seuls secteurs où la France peut faire jouer son expertise. Les besoins en BTP sont énormes et Lafarge-Holcim serait déjà indirectement présente sur place. Carrefour a depuis longtemps noué un partenariat sur place avec Majid Al Futtaim. Suez-Environnement pour le traitement de l’eau, Engie, Alstom et Schneider Electric pour les questions touchant à l’énergie, étaient toutes du voyage du Medef. Des représentants des chambres de commerce et d’industrie (CCI) de grandes villes françaises (Marseille, Strasbourg, Grenoble…) se sont rendus sur place séparément, pour faire valoir l’expertise des entreprises françaises de l’agroalimentaire, du textile…

Gilles Dabezis, le patron de l’international à la CCI Paris Ile-de-France, a fait le voyage début juin avec trois autres représentants de la région pour quatre jours d’une « mission exploratoire » à Téhéran. Il est venu pour parler au titre des PME franciliennes, mais aussi de 23 écoles, dont HEC, l’Essec, les Gobelins, Ferrandi… « Les Iraniens sont très friands de nos offres de formation », explique Gille Dabezis. Il met néanmoins en garde contre la législation autour de la propriété intellectuelle. « On reste prudent, affirme-t-il. Mais les potentialités du pays sont vraiment très grandes. »

Seule grosse inquiétude au tableau : que l’Iran fasse payer le rôle parfois intransigeant que la France a joué dans les négociations. Pour éviter cela, la diplomatie française sort l’artillerie lourde. Un voyage du président du Sénat, Gérard Larcher, avec l’ex-Premier ministre Jean-Pierre Raffarin est déjà prévu le 19 juillet. Laurent Fabius a déclaré ce mercredi qu’il irait rapidement. Stéphane Le Foll, l’actuel ministre de l’Agriculture, est attendu cet automne… Le supplice de Tantale des entreprises françaises est sur le point de prendre fin.